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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Dim Juil 20, 2014 7:52 am 
Aventurier
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Inscrit le: Mar Avr 06, 2010 5:31 am
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Soror Dolorosa

J’aime être assise sur ce banc non loin de l’Hospice pendant les courtes heures auxquelles on peut entrevoir le soleil maladif. Je ferme les yeux et je m’imagine à Raguse.
Carnelia me mord un doigt ; si je fais mine de le retirer, sa morsure se fait plus cruelle. Elle a décidé que je lui appartenais et qu’il fallait que je le sache. Soumise à sa volonté, de ma main libre, je lui caresse la nuque. Elle s’étire lascive, tend le cou et offre sa gorge à mes caresses. Bientôt elle en gémit de plaisir.
Carnelia est une fille facile aux mœurs débridées. Je sais que chaque nuit, dans les rues voisines de l’Hospice, elle cherche l’aventure et se donne aux males de passage.
Carnelia est ma chatte bien sûr.

« Sœur Mazarine ? »

Une ombre se tient entre moi et ce qui tient lieu de soleil. Carnelia dresse la tête, mécontente de cette interruption et quitte mes genoux sans un regard.
« C’est à devenir folle Sœur Mazarine ! J’ai beau demander à tout le monde de n’utiliser le stock de morphine que pour soulager les blessures les plus critiques, nous en consommons toujours autant. C’est à croire que certaines de nos Sœurs pensent que nos ressources sont sans limites. »

En effet, je comprends Abigaël, c’est proprement à s’arracher les cheveux. Si j’étais à sa place je serais aussi véhémente et certainement pas moins en colère, d’ailleurs c’est sans hésiter que je la conforte dans ses opinions. Toutes les colères ne sont pas mauvaises et certaines sont parfaitement légitimes, c’est cette sainte colère qui animait certaines grandes figures des Vigilants tel feu Clovis Valoris.
Abigaël s’en va satisfaite animée d’une parcelle de « sainte colère » et s’en retourne batailler avec le registre de nos stocks et notre livre de comptes.

Si je voulais, je pourrais la faire avancer à grand pas dans sa quête de la vérité. Oui, je pourrais expliquer à Abigaël pourquoi nous consommons trop de morphine…
Je pourrais, mais je ne le ferai pas car une réponse amènerait immanquablement d’autres questions auxquelles je ne tiens pas du tout à être soumise.


Ce soir, demain soir ou dans une semaine, je songerai peut être à Abigaël et à son livre de comptes, quand les yeux fixés sur la seringue de cuivre, je pousserai doucement le piston pour faire affleurer une perle liquide au bout de l’aiguille d’acier.
Puis j’irai m’assoir sur le lit à coté de Francesca dont les yeux, pleins d’attente, iront de l’aiguille à moi et de moi à l’aiguille. Nous resterons ainsi un moment, jusqu’à ce que Francesca, la gorge sèche, me prie de la piquer.

Oh bien sûr Francesca est assez grande pour faire cela toute seule. Mais depuis que je suis au courant de sa vilaine habitude, c’est-à-dire depuis assez longtemps, ce sont nos accords. Francesca est déjà suffisamment imprévisible comme cela. Je ne veux plus devoir expliquer à une famille que leur petit garçon est malheureusement mort d’une complication opératoire inattendue et inexplicable. Même à des Hins ! Tout cela parce que Francesca a opéré droguée jusqu’aux yeux.
Et puis osons le dire, je le fais parce que je prends plaisir à voir son abandon tandis que doucement la seringue crache son poison dans ses veines.


BG Mazarine

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Mazarine Voss

"La vérité n’est pas le contraire du mensonge, trahir n’est pas le contraire de servir, hair n’est pas le contraire d’aimer, confiance n’est pas le contraire de méfiance ni droiture de fausseté…"
Saint-Germain ou la négociation


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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Lun Oct 20, 2014 9:42 am 
Aventurier
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Inscrit le: Mar Avr 06, 2010 5:31 am
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La geôle

Ils ne m’ont pas cassé le nez, ni les dents. C’est bien.
Pour le reste, je sais que mon visage est n’est qu’un damier d’hématomes bleus et jaunes et que mes lèvres sont fendues. J’ai mal et j’ai froid.
Avec une couverture les choses seraient supportables. Une simple couverture.
Mais ici il n’est pas prévu que l’on ait chaud.
La pièce n’a pas de fenêtre, ni même d’humble soupirail par lequel je pourrais voir un coin de ciel car ici il n’est pas davantage prévu que l’on espère.
Est-ce le jour ? Est-ce la nuit ? J’ai déjà perdu le compte des heures.
Quand ai-je vu Rodon Aerthen ? Etait-ce il y a deux jours ? Davantage ? Je ne sais plus en vérité.

Pour passer le temps, j’ai attrapé deux cafards. Un gros et un moyen que j’ai nommés respectivement Zacharias et Eldritch. Je les fais courir le long d’un mur. Même si je les pousse du doigt, les blattes ne se montrent guère disciplinées, elles démarrent puis s’arrêtent, vont dans un sens, dans l’autre, reviennent sur leur pas.
Ce n’est pas très drôle, c’est une pauvre distraction dont je me lasse vite. J’arrête. Comme je n’ai rien d’autre à faire, je recommence. Un peu comme mes blattes…

Ils ont sorti Laure de sa cellule. Je l’ai entendue crier dans le couloir tandis qu’ils l’emmenaient et puis sa voix s’est éteinte quand ils ont tourné dans le couloir, comme si les murs buvaient les sons comme un buvard absorbe l’eau.
Les cris ont repris un peu plus loin. Différents. Pires…
Des bruits de course, des cris…Par le judas de la cellule, je vois passer Laure à demi nue, courant comme si elle était poursuivie par Ekidna en personne.
Les hommes en noir sont sur ses talons, ils la rattrapent. Le pugilas qui s’ensuit n’est pas joli à voir. Elle se débat, crie, appelle à l’aide. Deux geôliers lui attrapent les bras, le troisième la frappe au ventre comme s’il frappait un homme. Elle crie encore, s’effondre. On la traine inerte comme une poupée de chiffon.
Les cris reprennent peu après. Stridents. Insupportables. Je voudrais être sourde pour ne plus les entendre.

« Sœur Voss, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs ! », m’a dit une fois le noble Arch. Il n’empêche, ce n’est pas de chance quand on est un œuf.

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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Dim Déc 14, 2014 7:09 pm 
Aventurier
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Inscrit le: Mar Avr 06, 2010 5:31 am
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Compassion


« Les échafaudages y sont pas bien solides vous savez ma Sœur. Non c’est vrai ça…Vous savez les échafaudages y sont tout comme les bâtisses qu’on construit avec…
C’est parce qu’les gnomes, vous savez, les gnomes, y économisent sur tout : sur nos paies qui sont pas suffisantes pour qu’on fasse manger nos enfants, sur les matériaux avec quoi y construisent ces immeubles qu’y nous louent à prix d’or.
J’invente rien. J’suis maçon d’puis longtemps, j’ai l’œil pour ça. »
Une quinte de toux le secoue et déchire son corps brisé. Il a une jambe broyée et la colonne vertébrale brisée. Quand l’échafaudage haut de douze mètres s’est affaissé, six ouvriers Hins étaient dessus : cinq sont morts sur le coup. Un contremaitre orc nous a apporté Marius Fierpied, je suppose que sa présence nuisait à la poursuite du chantier.
« Je sais. Reposez-vous. »

En fait, était ce par manque de temps ou par manque d’intérêt, je n’y avais pas vraiment réfléchi, mais il est certain que tous ces immeubles de rapport de Villebas ont une fâcheuse tendance à s’effondrer. Trop hauts, trop peuplés…C’est comme si les maisons elles même veillaient à freiner quelque peu la natalité galopante de ce quartier.
Car osons le dire, ces Hins sont assez semblables aux lapins. Prenez un couple de Hins, oubliez les dans leur petite maison insalubre, revenez les voir quelques années plus tard et plusieurs portées sont nées ! Ils étaient deux, les voilà sept ! C’est à croire que ces Hins n’ont que cela à faire…
Que l’on ne vienne pas me dire que ce sont des préjugés. J’ai assez arpenté Villebas, ses cours et ses arrières cours sans lumière, ses rues étroites où les maisons comme les gens sont à touche touche dans une effroyable promiscuité.
N’en déplaise à Monsieur Fierpied, il n’y a pas que les matériaux, les fondations et les entrepreneurs gnomes qui soient à blâmer, mais loin de moi l’idée de polémiquer avec ce pauvre diable.

« Vous croyez que je pourrais retravailler ? C’est que ma Louison, avec son salaire de la filature, elle pourra pas nourrir nos cinq enfants. Hein dites ? »
Et voilà ! Que disais je ? Cinq !
Si je voulais bien faire, il faudrait que je commence par lui couper cette jambe qui ne présente pas moins de trois fractures ouvertes. Comme la morphine est fort chère et que le contremaitre n’a pas précisé si G&A paierait les frais, il faudra se contenter d’un peu d’alcool. A supposer que la perte de sang et le choc ne le tuent pas, il restera le risque d’infection….Et quand bien même il en réchapperait, que ferais-je pour son dos ? Beaucoup de tracas pour un piètre résultat. Il faudrait être insensée pour s’obstiner.
« Ah j’crois qu’j’suis fichu ma Sœur…C’est ça hein ? Ah ma pauv’ Louison ! Qui va s’occuper d’ma pauv’ Louison et des petiots ? C’est pas juste. Et tout ça pour quoi hein ? Pour ces gnomes ! Ces gnomes qui s’empiffrent sur not’ dos à nous»
Le Hin fond en larmes et s’accroche à ma main. Je le laisse faire : si la morphine est chère, la compassion et les mensonges ne coutent rien.
« Séchez vos larmes Monsieur Fierpied. Nous allons vous opérer et si tout va bien nous vous rendrons à votre Louison. Je reviens dans un instant.»

Wilfrieda m’accompagne. Je lui ai donné la seringue. Il faut bien qu’elle apprenne. Il n’y a pas de raison que les sales besognes reposent tout le temps sur les mêmes. Elle lui explique qu’elle va lui administrer un peu de morphine. Sa main tremble un peu mais pas trop, quand elle pique le Hin, Elle lui demande si elle ne lui a pas fait mal: cette petite est vraiment parfaite.
Il ne reste qu’à attendre que le chlorure de potassium fasse son effet. Je sais ce qui va suivre : les douleurs musculaires, le sentiment d’asphyxie, un moment de peur, la perte de conscience, l’arrêt cardiaque enfin…
Tout cela est évidemment regrettable, mais je dois faire avec les petits moyens dont je dispose. L’Hospice est à l’image de la ville, c’est-à-dire très imparfait…

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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Dim Fév 15, 2015 10:33 am 
Aventurier
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L’art pour l’art.


Liliane ne voulait plus qu’on la touche. Cent fois elle m’a suppliée de la tuer. Aussi lui ai-je fait mon sourire le plus rassurant avant de lui administrer la morphine et de lui dire que nous ne ferions rien contre son gré.
Pieux mensonge. Une fois endormie nous l’avons emmenée ici.
« Ce n’est qu’une piccola puttana, une ragazza di niente», m’a encore rappelé Francesca.
Il est vrai. Que nous réussissions, que nous échouions piteusement ou même que nous la tuions sera sans aucune conséquence pour nous.
Il n’empêche…
A la voir ainsi sanglée, bras et jambes en croix sur la table d’opération, je ne peux m’empêcher de ressentir un léger malaise, un picotement de ma conscience. L’enthousiasme de Francesca pour tout cela n’est non plus fait pour me rassurer.
Quel âge a-t-elle déjà ? Quinze ans ? Seize ? Il faudra que je regarde sa fiche.


C’est parce qu’elle est une « piccola putana » que Liliane est ici. Une piccola putana comme il y a des mille et des cents dans la ville et à qui son souteneur a donné une leçon qu’elle n’oubliera pas de sitôt.
Le soir où on nous l’a amenée, Francesca lui a évité de saigner à mort. Mais peut-être cela aurait été une faveur à lui faire, un authentique acte de miséricorde.
A l’évidence son maquignon a dû l’attacher à une table semblable à la nôtre et a pris tout son temps. Car du temps, il en faut un peu pour trancher les deux seins d’une femme, lui mutiler le sexe comme il l’a fait, poursuivre en lui coupant les deux oreilles et la moitié du nez. Je me demande dans quel ordre il a procédé…s’il a fait des pauses…

A côté de la table d’opération, des bandes de peau humaine et autres lambeaux reposent dans une petite bassine de fer blanc.
Ceux-là n’appartiennent pas à la fille, en tout cas pas à celle-là. Ils ont été prélevés sur le cadavre d’un « sujet » pas trop différent et sain de corps. Francesca a cherché si fébrilement et si méthodiquement son « sujet » parmi nos patientes, que j’en viens à craindre qu’elle n’ait un peu aidé le sort et précipité le trépas de l’élue, ce qui serait déplaisant mais nullement inimaginable.
Francesca me prend par le bras, elle est excitée comme une puce.
Elle va commencer par enlever ce qui reste de seins à la petite et qui à la vérité ne ressemblent plus à rien. Ensuite, elle coudra sur la plaie un morceau de la peau léguée par le sujet inconnu et si tout va bien, Liliane aura une poitrine de garçon ce qui est préférable à sa plaie informe.
Après la poitrine, il y aura le nez. Bien sûr on verra à coup sûr une subtile différence de teinte. Pour ce qui est du cartilage, elle est moins sûre d’elle, mais si cela réussit, ce sera toujours mieux que ce moignon de nez qui reste à la malheureuse.
La grande affaire sera à l’évidence de reconstruire le sexe de la fille ; cela aussi Francesca l’a « délicatement prélevé » sur le corps de l’inconnue. Les fossoyeurs qui passent tous les matins à l’Hospice pour et emmènent les morts de la veille jusqu’aux Grands Incinérateurs ont dû demeurer coi en constatant l’état de ce corps-là ; pourtant ils sont aguerris à ce type de spectacle macabre.
Quant à ses oreilles, la « putana » devra s’en passer : elle se débrouillera avec ses cheveux et un foulard pour cacher cela.
Pour que les greffes prennent, Francesca utilisera de l’Aelexia qu’elle a acheté à Zyss dans mon dos avec la caisse de l’Hospice.
Oh bien sûr j’ai fait part de mes doutes, de ma réticence. Mais Francesca a balayé tout cela d’un revers de main et a su trouver les arguments adaptés avec le tact qui la caractérise.


J’espère que Francesca a correctement dosé l’anesthésie, sans quoi la gamine est partie pour vivre une seconde fois ce que lui a infligé son tortionnaire. Oh bien sûr, personne ne s’étonnerait d’entendre des hurlements venir de cette pièce car la morphine étant chère et rare, nous en faisons un usage parcimonieux et discrétionnaire. Il n’empêche, je préfèrerai que la petite ne fasse pas trop de bruit, car la soif de connaissance de ma Francesca, la passion qu’elle porte à ses petits instruments métalliques ne sont pas des choses appréciées de toutes celles qui travaillent ici…
Je vais garder un bâillon à portée de main, à toutes fins utiles.

Francesca est penchée sur la petite, scalpel en main. Elle se tourne vers moi, souriante, rayonnante même…
« Un baiser pour la chance, cara mia. »
Je l’embrasse.

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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Jeu Sep 03, 2015 6:25 pm 
Aventurier
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Les témoins

Comme me le fit remarquer un jour fort justement feu le prêtre du Ver, Kest, certains problèmes peuvent se résoudre d’eux même.

En passant devant les ruines de la maison située 14 Passage des délateurs, j’ai ressenti une satisfaction sans partage.
Car voilà, la maison d’Anaïs des Essart a brûlé pendant les « Troubles de Sarmath », elle et quelques maisons voisines. Est-ce l’œuvre de l’Excidium ou celle de l’Armée de Notre Dame ou encore un accident sans lien avec les « évènements » ? Honnêtement je n’en ai cure.
Ce qui compte c’est que la coquette maison d’Anaïs ne soit plus qu’un tas de cendres. Si Agloth est bon, j’espère qu’Anaïs est aussi là, quelque part sous les ruines. Je ne lui souhaite même pas d’avoir connu une fin douloureuse, non, l’essentiel est qu’elle soit là. Quant aux lettres, les lettres maudites, je ne me fais plus de soucis à leur sujet, elles ont certainement brûlé avec tout le reste. Délivrance !

Anaïs m’a bien assez empoisonné l’existence avec ces lettres que lui avait écrites la défunte Philippine de Saint Saens. Dans toutes les lettres de leur dernière année de correspondance épistolaire, avant que l’Anamorphose ne mette un terme à tout envoi, à en croire Anaïs des Essart, il n’était question que des amours contre nature de Philippine avec une petite nonnette de bien 25 ans sa cadette.
Anaïs avait d’abord menacé de transmettre ces brulots au Temple d’Agloth, mais, caprice du destin, la « Nuit écarlate » était survenue peu après, mettant un terme à son projet. La vieille chouette avait alors pris pour habitude de m’expédier directement des copies de ces lettres, assorties de commentaires divers pour troubler ma conscience ou à défaut, ma tranquillité.

Terrifiée à l’idée qu’elle n’envoie les lettres au Jongleur, cent fois j’ai échafaudé de sombres projets.
Demander l’aider d’une personne de confiance pour récupérer les lettres ? Mais existe-t-il encore des personnes de confiance en ce triste monde ? C’était courir le risque de passer d’un maître chanteur à l’autre.
Montrer les courriers expédiés par Anaïs au Docteur Schültz et le convaincre de la faire enfermer à l’Asile pour y faire soigner son délire persécuteur ? C’était attirer son attention sur des choses que je préfère garder dans l’ombre.
Que ne ferait-on pour éviter que des lignes telles que « Mazarine commença à crier lorsque, lui tenant écartés les lobes ourlés d’un sombre duvet, je me mis à mordre lentement la crête de chair où se rejoignaient, entre ses cuisses, les fines et souples petites lèvres. Je la sentais brûlante et raidie sous ma langue, et la fit crier sans relâche, jusqu’à ce qu’elle se détendît d’un peul coup, ressorts cassés, moite de plaisir...» soient rendues publiques, même vingt après les faits ?
Même si certains ont plus que des soupçons à mon sujet, il y a un abîme entre les rumeurs et ces lettres reproduites dans un journal.

Mais voilà, Aglot’h soit loué, tout cela est fini et bien fini. Le Très Haut a protégé sa brebis.
Le passé est mort et bien mort. De ceux qui étaient partis de Raguse nous ne sommes pas arrivés nombreux à Luminis dont seulement trois Sœurs issues du couvent. Ce qui fait donc encore deux témoins potentiels.
Ventine la défroquée qui a abjuré Aglot’h pour la Déesse Folle est morte pendant les troubles. Reste Shoena, Shoena Khan Shaw…Sans nouvelles depuis notre arrivée, je m’étais habituée à l’idée, fort rassurante, de sa mort, jusqu’à ce qu’elle réapparaisse sous un improbable nom de scène. Comme s’il était réellement impossible d’être tranquille.
Mais je fais confiance à Shoena. Mauvais sang ne saurait mentir. Je lui fais confiance pour se mettre tôt ou tard dans de très vilains draps. Sur ce point elle ne déçoit jamais. Voilà un autre problème qui se règlera tout seul.


Précédent texte avec Anaïs:http://forum.elechos.net/viewtopic.php?p=10493#p10493

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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Mer Fév 17, 2016 9:50 pm 
Aventurier
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Je te hais !


Le carton d’invitation pour l’inauguration du « 3 As Palace » est devant moi, déchiré en plusieurs morceaux sur le pupitre de bois.
Non contente de troubler ma tranquillité par sa simple présence, elle me provoque à présent la diablesse ! Elle se croit toute permise la gueuse ! Déjà à Raguse l’arrogance et la désinvolture de cette plébéienne m’étaient insupportables.
Je relis ma réponse à haute voix.

A Shoena Shaw

Souffrez que je vous retourne votre invitation. Faites en donc profiter quelqu'un qui vous ressemble, une de ces personnes de sac et de corde dont vous avez toujours aimé vous entourer que ce soit jadis à Raguse, dans le néant de l'Anamorphose ou ici à Luminis.
Trafiquante en herbe quand vous étiez au couvent, paillasse à soldat pendant notre exode, mère maquerelle aujourd'hui, tenancière de tripot demain...Vous ne décevez jamais ex-Soeur Shoena Shaw. Sang de Braj ne saurait mentir !
Vous vous êtes choisi pour nom de scène celui d'une fleur. Il eut été judicieux d'en choisir une qui pousse parmi les ordures.

J'aurais encore beaucoup à écrire, mais je me dois d'abréger car l'oisiveté est un luxe que je ne peux m'offrir. J'ai plus d'ouvrage que de temps: quand j'aurai assisté mes Sœurs dont les bras infatigables sauvent des vies, je me rendrai à l'Orphelinat après quoi j'irai prier car, très chère, une croyante à des devoirs.
Votre dévouée, Mazarine Voss.


« Tu vas vraiment lui envoyer cela ? »
« Evidemment ! »
Couchée dans notre lit, Francesca me regarde, dubitative.
« Le dernier paragraphe est un peu faible je trouve. Cette tournure de phrase, « les bras infatigables qui sauvent des vies » c’est un peu ampoulé. Ensuite tu ne mets presque jamais les pieds dans cette l’Orphelinat. Quant à tes devoirs de croyante, amore mia…»
« Oui, et alors ? Ai-je jamais manqué un office ? Ai-je jamais négligé la commémoration d’un Saint ? »
« Ce n’est pas ce que je voulais dire cara mia. Je veux juste dire qu’elle te connait assez bien. Elle m’a raconté des choses tu sais. Je pense qu’elle sait pour nous aussi. »

Francesca me regarde, les mains croisées derrière la tête avec un petit sourire que je n’aime guère. Je regarde ses seins lourds, l’ombre noire de ses aisselles puis je reviens à la lettre. Elle a raison hélas. Je vais alléger un peu la fin de cette lettre et m’arrêter à « l’oisiveté est un luxe que je ne peux m’offrir ». D’ailleurs, tant que j’y suis, je vais également supprimer « votre dévouée» ce sera plus honnête.

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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Dim Avr 10, 2016 6:35 am 
Aventurier
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Aglot'h reconnaitra les siens !


Carnélia est morte aujourd’hui.

J’ai perdu le compte de ceux qui sont morts entre ces murs; d’ailleurs je n’ai jamais compté. Hommes, femmes ou enfants, ce ne sont plus que des noms sur notre registre.
Ils viennent, ou on nous les amène, on les couche sur un lit de paille, ils passent quelques temps ici, puis ils guérissent ou repartent dans la charrette des fossoyeurs Hins qui portent les corps au Temple de Neraï puis aux incinérateurs. Le même ballet se répète tous les jours.

Pourtant j’ai versé des larmes pour Carnélia.
Carnelia ne me mordra plus les doigts pour que je la caresse ou la nourrisse, Carnelia n’ira plus courir l’aventure sur le toit de l’hospice ou dans les rues avoisinantes en poussant d’affreux miaulements, plus jamais elle ne viendra s’installer sans gêne dans les draps entre Francesca et moi alors que nous émergeons moites et échevelées d’un corps à corps nocturne.

Il y avait déjà eu des problèmes mais rien que nous n’ayons pu anticiper. Cette fois nous avons toutes été prises de court.
Ce sont les cris qui m’ont alertée, puis les postures des trois Sœurs figées devant la porte de la salle de quarantaine : yeux exorbités, mains devant la bouche, prêtes à crier mais surtout prêtes à prendre la poudre d’escampette.
L’homme est à quatre pattes et fort occupé par ce qu’il fait, parfaitement insensible aux paires d’yeux braquées sur lui comme aux hurlements de peur des autres malades toujours sanglés sur leurs lits.
Quand il se tourne un peu, je vois ce qui l’occupe tant. J’avais toujours craint que Carnelia ne finisse au menu d’un de ces réfugiés la peau sur les os qui pullulent en ville comme tiques sur un chien. Mais je n’avais pas imaginé que cela se produirait ici et devant moi. Ce qui fut une chatte noire raisonnablement égoïste et capricieuse n’est plus qu’un magma sanguinolent de poils, de chairs et de viscères. Avec ses mains, avec ses dents, l’homme la démembre, déroule les boyaux, arrache des lambeaux de chair, mastique…
« Aglot’h nous protège et nous sauve ! » murmure Abigaël.

Courir jusqu’à ma chambre et en revenir fut l’affaire de deux minutes tout au plus, pour aller plus vite j’ai abandonné mes sandales et retroussé ma robe à deux mains ; me voilà à présent armée d’une sainte colère et surtout d’un Ferguson 36 Dragoon.
L’homme en a fini avec Carnelia dont il abandonné les restes épars, il a maintenant jeté son dévolu sur un de ses compagnons de chambrée; penché sur le malade sanglé sur son lit, le dément semble l’embrasser. Les hurlements de la victime disent clairement que ce n’est pas le cas.
Je ne me suis jamais servi de cette arme mais il y a un début à tout. A cette distance je ne peux pas le rater. Je vise, bloque ma respiration et tire.
« Clic » fait le Ferguson 36…Je presse encore la gachette ! « Clic », « Clic », et encore « Clic »….
Que le Ver me dévore, il est viiiide ! Cela me revient à présent, je l’ai nettoyé le mois dernier et j’ai oublié de remettre les balles…

L’infecté relève la tête et semble prendre conscience de notre présence. Il se redresse et marche vers nous. Sa victime, le nez et la lèvre supérieure arrachés, un œil hors de son orbite, hurle à la mort.
Tétanisée, les deux mains crispées sur le colt inutile, je regarde le dément qui s’approche. Derrière moi j’entends confusément les bruits de fuite précipitée des autres Sœurs.
E finita la commedia.

Ce n’est pas à la grâce du Très Haut que je dois la vie mais à Wilfrieda. La brave petite est passée derrière le cannibale et lui a tranché la gorge avec un méchant couteau à lame courbe que l’on utilise pour les amputations. Le sang jaillit un moment du cou déchiré, puis les genoux plient et l’homme tombe enfin.
Nous demeurons longtemps silencieuses, le souffle court. Il nous faut un moment pour réaliser que le patient défiguré hurle toujours et que les deux autres malades supplient qu’on les détache, crient, pleurent...
« Amenez moi une seringue et le Chlorure de potassium mon enfant ». Je vais mettre un terme au calvaire du blessé qui est de toute façon condamné et tant que j’y suis, dans le doute, je vais aussi piquer les deux autres. Aglot’h reconnaitra les siens et moi je serai plus tranquille.

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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Jeu Juil 21, 2016 5:02 am 
Aventurier
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Inscrit le: Mar Avr 06, 2010 5:31 am
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Contrariétés

L’eau est merveilleusement tiède.
Ce bain est un prodige de technique naine. Non seulement la pompe nous épargne de fastidieux et incessants voyages jusqu’au puit, mais de surcroit l’eau se charge de chaleur au contact d’une petite chaudière. On m’a expliqué dix fois ces mécanismes, mais si je dois être honnête, je n’ai toujours rien compris.
Cela a couté beaucoup d’argent, une petite fortune en fait. Bien sûr, il y a eu parmi mes Sœurs quelques rabats joies pour dire que cet argent aurait pu être dépensé différemment, pour améliorer le confort des patients par exemple. Certaines personnes sont si ingrates…
Si je pouvais, je passerais des heures dans ce bain, à flotter entre deux eaux. Je me sens légère, immaculée. En paix avec le monde entier !

« Sœur Mazarine ? »
La belle Laure est entrée sans que je ne l’entende.
« Oui, Laure, que puis-je pour vous mon enfant ? »
Faut-il qu’elle soit pressée pour venir me traquer jusque dans ce bain !
« Je sais que des gens se préparent à quitter la ville. Très bientôt. Demain peut-être même. On parle d’un lieu vierge de la souillure du voile. Un endroit épargné où toutes les races peuvent vivre ensemble. Un lieu où chacun pourrait vivre selon ses besoins. Un endroit où… »
« C’est non. »
« Mais… »
« La réponse est non. C’est hors de question. Il n’y a rien dehors. Rien, excepté, le néant, la mort et les cendres. Vous n’irez pas je m’y oppose. »
Il y a dans le regard de Laure quelque chose que je n’aime pas. L’exaltation d’il y a un instant a fait place à une détermination nouvelle. La Laure d’antan, qui me troublait quelque peu, avait les yeux baissés et humides, la bouche tremblante, et fuyait mon regard.
Tout cela a disparu au fil du temps, c’est bien dommage. Elle devrait d’ailleurs m’être reconnaissante de l’avoir un peu endurcie, même s’il est certain que les quelques semaines passées dans les geôles du KA ne sont sans doute pas non plus étrangères à ce changement.
« J’irai. Je n’en peux plus de cette ville, de grâce Mazarine, laissez-moi partir. Je n’en peux plus ! Laissez-moi ! On aura plus besoin de moi là-bas qu’ici.»
Je pourrais rappeler à Laure que je ne suis pas Mazarine, mais « Sœur Mazarine » même nue dans mon bain, que je suis sa supérieure et que je le lui interdis, mais il ne sert à rien d’avoir des titres si l’on doit constamment les rappeler. Je me contente de soupirer et de regarder dans le vide.
« Quel dommage. Nous serons donc contraintes de fermer l’Orphelinat ou tout du moins de réduire le nombre de pensionnaires en proportion de nos moyens. Quelle tristesse pour ces enfants…Vous ne comptez pas les emmener avec vous vers cette « Terre Promise » j’ose espérer ? »
« Mais Maya….. »
« Maya ne peut être partout. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis pas sans cœur. Je placerai les enfants surnuméraires à Sainte Inès. Ils ne seront pas sans toit. »
Laure me fixe bouche bée et puis la surprise se transforme en quelque chose de nouveau : la colère.
« Les enfants à Sainte Inès ? Enfermés avec les catins et les mendiantes ? Vous êtes abjecte.»
« L’Orphelinat, Sainte Inès, cet endroit même, ce ne sont que les instruments de vos ambitions. Vous n’avez aucune générosité, aucune ! Vous mériteriez que je raconte tout ! »

J’allonge un pied hors de l’eau et je regarde les gouttelettes retomber une à une dans le bain. Rester calme me coute.
« Tout ? J’espère que ce « tout » trouvera un public à la hauteur de vos espérances. Qui irez-vous voir ? Le KA ? Les prêtres du Ver ? Les gnomes ? Le Klan ? Dites le moi, je suis curieuse. »
Nous nous fixons en silence un moment. Je sais bien qu’elle ne racontera rien, de plus elle n’ira nulle part. Si cette sotte s’imagine que…
« Adieu Mazarine ! »

Il m’a fallu de longues minutes pour revenir de ma surprise, me rhabiller, m’enfermer dans ma chambre et réfléchir à la conduite à tenir.
Que faire ? Sur qui compter pour rattraper cette folle et la ramener de force si nécessaire ?
Je suis certaine que Wilfrieda me prêterait main forte pour mater la rebelle, mais la perspective d’un pugilas de nonnes sur Central me fait hésiter.
La Milice ? Je ne veux pas qu’ils mettent leurs gros nez là-dedans.
Les Vigilants ? Ils sont au camp nord et je ne veux pas que cette bécasse parle à Arch.
Les Drais ? Les Ecarlates ? La Pègre ? Non, non et re-non. Il me faut quelqu’un qui puisse me la ramener sans heurts.
Aglot’h soit loué, je sais à qui je vais faire appel ! Je sais.

La nuit a été longue.
Wilfrieda a parcouru tous les saloons et les bordels de Sarmath sans avoir pu mettre la main sur Osterlen. On ne peut vraiment compter sur personne !
Quant à Laure elle a évidemment déserté l’Orphelinat pendant que je temporisais sottement.
L’aube n’apporte pas de meilleures nouvelles. Un groupe disparate de déments aurait quitté le camp nord et Luminis, sous les quolibets des gardes, pour une destination inconnue ; une nonne se trouvait parmi eux... Osterlen serait semble t'il aussi de l'expédition; le bon côté des choses est que je n'aurai pas à lui payer ses gages.
Je vais aller me faire couler un bain, je pense.


Précédentes apparitions de Laure:
http://forum.elechos.net/viewtopic.php?p=10867#p10867
http://forum.elechos.net/viewtopic.php?p=14138#p14138

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Mazarine Voss

"La vérité n’est pas le contraire du mensonge, trahir n’est pas le contraire de servir, hair n’est pas le contraire d’aimer, confiance n’est pas le contraire de méfiance ni droiture de fausseté…"
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 Sujet du message: Re: [Récit] L'Hospice et autres récits
MessagePublié: Lun Août 29, 2016 4:39 pm 
Aventurier
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Inscrit le: Mar Avr 06, 2010 5:31 am
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Le dieu du carnage


« En tant que Supérieure de l’Hospice je prononce devant votre pieuse assemblée l’exclusion de la Sœur Marie Isabelle, que je déclare coupable de graves manquements à nos règles et notamment de s’être livrée à des actes contraires à la pudeur. »
Aglot’h m’est témoin, je ne voulais pas en arriver là. Quoique…En réalité en arriver là ne me gêne nullement, c’est le prix à payer, l’inévitable esclandre, qui m’a fait différer ce moment trop longtemps.

Apprendre que Marie Isabelle complotait ma perte, ne fut qu’une demi-surprise ; je sais depuis belle lurette qu’elle me hait et persifle dans mon dos.
Si quelqu’un avait encore un doute ici sur la nature de ma relation avec Francesca, Marie Isabelle les a depuis longtemps dissipés. Je ne sais pas si dans notre dos elle nous appelle autrement que « la gouine et sa boiteuse »…
En revanche, savoir avec qui au dehors elle tramait son petit complot m’a fait comprendre que si je ne frappais pas la première, mon temps ici était compté.

J’avoue avoir un peu murmuré à l’oreille des Sœurs que j’ai choisies pour témoigner spontanément contre Marie Isabelle. Je savais que Wilfrieda et la jeune Elise ne feraient pas de difficulté particulière, quant à Abigael, je lui ai fait entendre qu’il n’était pas dans son intérêt de se voir assignée au dispensaire du camp de réfugiés de façon permanente…A mon grand soulagement elle a obtempéré et récité sa leçon.

Comme cela était hélas prévisible et comme je le craignais, Marie s’est défendue comme une diablesse et perdue pour perdue, utilisant mon petit tribunal comme une tribune, elle a craché, en une fois et devant toutes les Sœurs réunies, l’intégralité de son venin.
Tout y est passé. Les circonstances du renvoi d’Eleanna, ma « cohabitation » avec Francesca, les autres « affinités particulières » qu’elle m’attribue ici. Laure n’est plus là pour rougir jusqu’aux oreilles, Wilfrieda si. Marie-Isabelle trouve des mots très crus pour décrire ce qu’elle soupçonne.
Et puis, comme je m’y attendais, elle a parlé de Raguse…Elle répète ce que cette vipère de Shoena Khan Shaw a dû lui raconter sur le passé. Elle répète en se trompant souvent bien sûr, en s’emmêlant, en brodant aussi…peu importe, c’est autant d’eau à son moulin et de boue à mes pieds.
Dans l’assemblée des Sœurs, certaines ont semblé trouver mon ordalie tout à fait intéressante, réjouissante même. Je saurai m’en souvenir.
Je l’ai laissée m’insulter, me traiter de tous les noms, m’accabler de tous les vices, je n’ai pas répondu. Commencer à discuter c’était reconnaitre qu’il y avait une once de vérité là-dedans.

Quand elle a enfin fini, qu’elle a la bouche sèche à force de m’invectiver, je me lève, remercie les « témoins » et prononce son exclusion de l’Hospice.
«…que je déclare coupable de graves manquements à nos règles et notamment de s’être livrée à des actes contraires à la pudeur. Puisque vous semblez ne pas pouvoir vous passer des hommes, je vous dégage de vos devoirs Marie Isabelle. Quant à vos cruelles paroles, je ne vous en tiens pas rigueur et vous pardonne pour ma part. Je prierai pour qu’Aglot’h vous prenne en pitié. »
Elle s’approche et me crache au visage.

C’est fini, me voilà débarrassée de ce scorpion, mais le Dieu du carnage peut être satisfait, je n’en sors pas indemne.

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Mazarine Voss

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