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 Sujet du message: [BG] Mazarine Voss
MessagePublié: Lun Fév 27, 2012 6:16 am 
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Soeur Mazarine

Prologue

Assise sur un banc je n’ai d’yeux que pour ce bol de soupe qu’elles ont posé devant moi. Comme je suis une femme bien élevée, je conserve cet air détaché qui sied à quelqu’un de ma condition et souris à mes bienfaitrices. Je souris à m’en faire mal, même.
Elles me regardent, m’observent, me sourient en retour avec bienveillance. Je ne suis sans doute pas la première qu’elles voient arriver ainsi, mais cependant elles me fixent presque avec curiosité : quand on mange tous les jours à sa faim et que l’on dort au chaud entre des draps blancs, il y a des choses que l’on oublie ou que l’on préfère oublier.

« Laissez la manger » « Oui, laissez la manger, vous la questionnerez après. » « Mangez Sœur Mazarine , mangez. »
Je mange donc puisque j’y suis invitée. Je me réfrène pour ne pas tout engloutir comme une bête apeurée à l’idée qu’on vienne lui dérober sa pitance. Ma main est crispée sur la cuillère ; qui peut se douter ce que cela me coute ?

J’ai le banc pour moi seule. Les religieuses sont accueillantes, mais de là à sottement attraper des poux ou une fièvre maligne…
Car des poux il est certain que j’en ai. Le voyage leur a profité. Je ne dois pas sentir très bon non plus.
Je ne doute pas qu’ici, dans l’Hospice, je serai bientôt lavée, récurée et habillée de neuf. Mais rien ne presse, le bol de soupe d’abord et…un second ensuite sans doute. Après, nous verrons.
« Comme elle a mauvaise mine ».
C’est vrai que je suis à faire peur. Je n’ai plus de joues, mes yeux semblent enfoncés dans mes orbites. Je sais, je sais…Oui, mais moi je suis vivante. Vivante ! Je pourrais comme tant d’autres ne plus être qu’un cadavre enveloppé de guenilles déjà à demi recouvert par les cendres que charrient les vents qui balaient l’immensité déserte et empoisonnée.
« N’y avait il pas d’autres religieuses avec vous ? Les gardes nous l’avaient assuré, pourtant vous voilà seule. »
Je lève le nez de ma soupe. Que leur dire ? A la réflexion elles apprendront tôt ou tard que Ventine et Shoena se sont directement rendues au temple de Carnelia. Elles qui se sont déjà vendues pour un quignon de pain ou une tranche de lard, se donneront désormais en l’honneur de la déesse folle, cela ne les changera guère.
Quant à nos aux autres Soeurs, toutes les autres et bien, elles sont mortes évidemment, semées le long de la route comme les perles d’un chapelet... Qu’A’gloth les prenne en sa miséricorde. Mais cela les religieuses qui m’entourent s’en doutent. Le Voile noir ne date pas d’hier n’est ce pas ?

Lorsque nous nous somme présentés ce matin devant les portes de Luminis nous étions soixante tout au plus. Pourtant nous étions partis quatre cents trois mois plus tôt d’une ville qui comptait encore presque quatre mille âmes près de neuf ans après le Voile noir…

Frères humains, laissez moi raconter comment ça c’est passé.

On n’est pas le frère de n’importe qui, rétorquerez-vous, et surtout on s’en fiche et on ne veut pas le savoir.
C’est vrai, que ce que j’ai à vous narrer n’est ni beau, ni héroïque, ni très moral et des histoires comme celle là il y en eu d’autres depuis que le Voile Noir est tombé.
Peu importe ! N’est ce pas précisément cela le principe de la confession : transmettre à autrui un peu de l’ordure que l’on a dans l’âme pour ne plus en être accablé et empuanti ?
Et puis au fond, je n’ai cure de votre avis. Je ne vous épargnerai pas. Je raconterai ce que je veux. Tant pis pour vous! En fait, je crois que je ne vous aime guère !

°

_________________
Mazarine Voss

"La vérité n’est pas le contraire du mensonge, trahir n’est pas le contraire de servir, hair n’est pas le contraire d’aimer, confiance n’est pas le contraire de méfiance ni droiture de fausseté…"
Saint-Germain ou la négociation


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 Sujet du message: Re: Mazarine Voss
MessagePublié: Jeu Mars 15, 2012 6:28 am 
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L'Exode

La trahison

Raguse se mourrait. Depuis des années tombait la pluie de cendres. La ville était parvenue au bout de ses forces.
Depuis le couvent, où tournant en rond du jardin à la chapelle, attendant la mort en essayant de me persuader que j’attendais le Royaume des Cieux, sacrifiant le présent à un hypothétique salut, même moi je pouvais deviner l’agonie de Raguse.
Les villes proches avaient toutes succombées. Quand leurs derniers habitants s’étaient présentés devant nos murs, nous avions gardé nos portes closes et les avions priés de bien vouloir aller mourir plus loin.
Plus personne ne se risquant plus sur les routes, nous ne recevions plus de nouvelles. Ce qui était distant de plus de trois lieues de la ville était devenu terra incognita. Doucement le Voile Noir avait tout étouffé. Le monde n’était plus que silence, ténèbres et peur.
La ville était un linceul. Toutes les fenêtres étaient obstruées de lourds volets de bois sensés nous protéger des cendres et de la flétrissure dont elles étaient porteuses. Les rues étaient désertes. Tous se terraient.
Chaque récolte était pire que la précédente. Cultiver la terre qui était autrefois un labeur de gueux était devenu un labeur de damné. En dépit de toutes nos précautions, la souillure était dans l’eau des citernes et dans nos aliments.
Nous étions à notre tour parvenus au terme de notre agonie.
Une histoire colportée deux ans plus tôt par un fou errant et dépenaillé que nous avions aussitôt chassé avait pris la force d’un fol espoir : Luminis était épargnée par les cendres.
Mais Luminis était à deux cents lieues. Comment savoir ? Si le Prince Evêque avait secrètement envoyé des éclaireurs, aucun n’était jamais revenu.
Déplacer une ville entière avec si peu de provisions eut été un suicide. Préparer en secret le départ d’un groupe d’élus eut été impossible car si un secret est quelque chose que l’on ne révèle qu’à une personne à la fois, il eut fait le tour de la ville en deux heures à peine.
En cela, le Prince Evêque fut un sage.

La dernière nuit de Raguse fut illuminée par un, deux, trois…dix incendies simultanément allumés dans la ville basse. Alors que la populace luttait contre les flammes qui dévoraient ses maisons, nulle aide ne vint. Tirés de leurs habitations par les clameurs, les habitants de la ville haute et du château furent réunis par les gardes du Prince Evêque.
A nous, en quelques phrases, il exposa son projet. Raguse se mourait. Les réserves d’eau et de nourritures de la ville étaient insuffisantes pour quatre mille personnes, mais sans doute pas pour que quatre cents parviennent à Luminis. Il suffisait de faire main basse sur les réserves, les chevaux, le bétail…
Qui en cette nuit fatale eut une pensée pour ceux qui la veille encore étaient nos voisins ? Qui protesta contre le crime qui se préparait ? Pas moi je l’avoue. Pas moi pourtant qui suis pourtant une sainte femme. Et les autres Sœurs du Couvent pas davantage…

Richesses, contenus des entrepôts, réserves péniblement accumulées, eau, denrées…tout fut entassé en silence sur des charriots bâchés tirés par des bœufs. Tandis que la ville basse luttait contre les flammes qu’attisait un vent complice, la ville haute se vidait par la porte Est.
Mais notre fuite était lente et les flammes finirent par être éteintes. Incrédules et enragés, ceux de la ville basse vinrent crier leur colère devant l’enceinte de la ville haute inexplicablement vide et silencieuse. Quand enfin, ils virent les maisons et les entrepôts vides, la colonne de chariots qui partait vers l’Est, ils surent qu’ils avaient été joués. L’incrédulité devint désespoir et fureur et ce fut la ruée.

Une foule immense se lança à nos trousses, armée de sa seule colère. Une foule qui nous sembla innombrable, impitoyable, meurtrière.
Ratko Belic, capitaine des gardes du Prince Evêque fit ranger ses cavaliers à l’arrière, puis leur fit charger la foule des gueux enragés. Une charge, deux, trois furent nécessaires pour les faire refluer, laissant peut être deux cents des leurs sur le sol.
Ils refluèrent, vaincus, trahis, honteux, vers la ville aux trois quarts incendiée et dépouillée de tout, condamnés à périr par la famine dans les ruines…Damnés.
Jamais plus nous n’entendîmes parler de Raguse.

Seuls ceux qui n’ont pas de mains parviennent à les garder propres dans cette vallée de larmes.

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Mazarine Voss

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 Sujet du message: Re: Mazarine Voss
MessagePublié: Sam Avr 07, 2012 9:39 am 
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Voyage au bout de la nuit

Trois mois durant nous avons marché.
Trois longs mois qui nous parurent des années, tant ils nous changèrent.
Les années qui avaient suivies le Voile Noir avaient pourtant déjà considérablement desséchés nos cœurs… Mais le mal est un puits sans fond.
L’abandon de la plèbe et le massacre qui s’ensuivit furent vite oubliés : nous avions d’autres soucis. Nous étions partis si vite…Tous avaient oublié d’emporter quelque chose qui semblait à présent indispensable au voyage. Notre départ improvisé qui avait d’abord semblé un trait de génie était à présent amèrement reproché au Prince Evêque par la plupart si ce n’est par tous.
Dès le matin du quatrième jour qui suivit notre fuite, l’idée même de cette marche vers Luminis nous sembla vaine et folle. Mais il ne pouvait être question de retour en arrière. Raguse n’était plus que ruines et le sang avait été versé.

Tous marchaient en silence, perdus dans leurs pensées. Seuls avec eux même. Le Prince Evêque et ses serviteurs, les familles nobles et leurs domestiques, les soldats, les maitresses des officiers…d’autres encore que leur rang ne prédisposait pas à être là. Nous les Sœurs de la Miséricorde marchions derrière les deux charriots qui nous avaient été attribués. Il ne fallu que peu de temps pour comprendre qu’il nous aurait fallu prendre moins de tableaux et de livres saints et davantage de couvertures, de bâches et de nourriture. ..
Où que l’on regarde la terre était désolée. Tout était silencieux. Parfois des brumes étranges nous enveloppaient, étouffant les sons et coupant la vue.
En dépit des précautions prises, nous perdions des gens. Disparus en pleine nuit, perdus dans les brumes, ou comme avalés par la terre…Plusieurs fois, des bandes manifestement cannibales nous suivirent de près, guettant les isolés. Les traces de festins monstrueux confirmèrent nos pires soupçons.
Nous marchions enveloppés dans de longs vêtements de cuir ou de toile de peur que la pluie de cendres ne sous surprenne. Mêmes les bêtes en étaient revêtues. Pourtant le mal prenait son tribut parmi hommes et bêtes et nous dûmes chasser de nos rangs ceux qui en étaient atteints de peur que la souillure ne s’étende.

Les très rares villages sur notre route se barricadèrent à notre approche. Le ciel nous est témoin que nous tentâmes d’acheter leurs denrées. Mais ces ladres étaient durs et leurs cœurs étaient de pierre. Leurs récoltes, nous dirent ils, étaient plus précieuses que notre or. Il nous fallut prendre par la force ce qu’on ne voulut pas nous céder. Il n’y eut pas que les soldats qui versèrent le sang. On vit des femmes plus féroces que les loups. Moi même…Non, non. Je ne sais plus ! Mes souvenirs sont confus.

Nous marchions toujours et nulle ville à l’horizon. La végétation était morte, il faisait froid, un soleil pâle et fantomatique éclairait notre calvaire pendant les quelques heures du jour.
Nos rangs s’étaient considérablement éclaircis. Les bêtes mourant une à une il avait fallu abandonner des chariots. Quand il n’y eut plus assez de charriots il fallut abandonner des malades. Combien de nos Sœurs avons nous abandonnées à un sort affreux en les assurant de nos prières ? Je ne sais plus.

L’épuisement, la faim, la peur étaient sur tous les visages et la haine était dans tous les cœurs. N’y avait il pas assez de cimetières à Raguse pour que ce fou nous ait mené mourir ici dans les terres désolées ?
Aussi quand Don Bartolomeo, Duc de Naxos, Prince Evêque de Raguse fut retrouvé égorgé dans son sommeil peu se posèrent la question de savoir pourquoi; personne et surtout pas les sentinelles n’avaient rien vu ni entendu.
Nous nous sentîmes plus légers, moins coupables. Les fantômes des milliers de gueux abandonnés à Raguse et livrés à la famine pesèrent soudain moins lourd sur nos consciences.

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 Sujet du message: Re: [BG] Mazarine Voss
MessagePublié: Sam Mai 05, 2012 6:13 pm 
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La loi du plus fort

Il y avait belle lurette que nous avions tous ou presque fait de grand progrès dans l’art de l’indifférence aux malheurs d’autrui, mais le pire était à venir.
Don Bartoloméo était il à peine mort depuis deux jours que nous en vînmes à le regretter amèrement. Sans attendre, Radko Belic, le capitaine des gardes du mort se proclama son successeur.
Personne ne pipa mot. Nous étions déjà allés trop loin sur le chemin du reniement et du déshonneur.
Le peu d’ordre qui régnait encore parmi nous s’envola. Il n’y eut plus d’autre loi que celle du plus fort.

La nourriture était rationnée depuis ce qui nous semblait une éternité, mais à compter de ce moment elle fut distribuée en fonction de l’utilité de chacun.
La hiérarchie naturelle qui régit les sociétés humaines civilisées selon le sens commun fut bafouée, foulée aux pieds, anéantie. Cavaliers, simples soldats, valets malhonnêtes, catins d’officier se permirent toutes les vilenies contre les personnes de noble lignage.
Tous ces gens que nous avions naïvement cru avoir élevé au dessus de leur condition, en en faisant nos serviteurs, se vengeaient affreusement de nous en ce moment de grande faiblesse où nous étions à leur merci.
Don Giovanni Biscari premier magistrat de Raguse fut transformé en bouffon malgré son grand âge, Giuseppe di Lampedusa fut contraint de ramasser les excréments des bœufs pour les faire sécher et en faire du combustible…

Ceux qui tentèrent d’avoir un peu plus de nourriture à prix d’or déchantèrent vite car l’or ne valait plus rien et la nourriture était devenue la seule richesse. Très vite ces marauds s’emparèrent de tout ce qui excitait leur convoitise.
Quant aux femmes...Si beaucoup furent bel et bien violées, aussi nombreuses furent celles qui s’offrirent pour un peu de riz ou furent encouragées à le faire pour le « bien commun »… Il n’y eut plus ni grandes dames, ni pucelles, ni religieuses, mais seulement des ventres vides.
Le déshonneur, l’absence de considération de soi est un plaisir féminin.

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 Sujet du message: Re: [BG] Mazarine Voss
MessagePublié: Lun Déc 10, 2012 6:47 am 
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Les nus et les morts




Je me souviens de ceux qui furent les premiers à ne plus pouvoir marcher. Ceux qui terrassés par l’épuisement furent abandonnés à leur destin. A ceux là on laissa un peu d’eau, un peu de nourriture, on leur prodigua encouragements, conseils et bénédiction d’Aglot'h pour rattraper la colonne. A ceux là il fut promis que la colonne marcherait moins vite, que nous allongerions les pauses afin qu’ils puissent nous rattraper. Pieux mensonges…mais si utiles aux uns comme aux autres, car il faut savoir se mentir pour accomplir l’inacceptable comme pour affronter l’imminence de sa fin.
Ensuite, on ne se retourna plus, on ne s’arrêta plus et nulle vivres ne furent inutilement sacrifiées pour sauvegarder les inutiles apparences…Aglot'h n’était nulle part et l’Ange de la faim était partout.

Mes yeux ont vu des horreurs que je ne parviens pas à oublier mais auxquelles j’ai pourtant su tourner le dos pour qu’elles pèsent moins lourdement sur mon âme.
Je me souviens de familles posées sur le sol comme des grappes humaines, un enfant mort ou mourant dans le giron d’un père ou d’une mère les yeux vitreux, les mâchoires serrées.
Je me souviens de ceux qui ont utilisé les arbres morts pour se pendre. Souvent à plusieurs pour se donner le courage d’en finir.


Il en fut de même pour les morts. Les premiers furent même enterrés.
Nous célébrâmes quelques fort beaux offices au milieu du néant, sous un ciel fuligineux qui semblait se confondre avec le paysage. Des cantiques furent chantés par les damnés encore en vie pour ceux qui ne l’étaient plus.
C’était au début. Tout au début de cette odyssée à travers l’immensité froide et désolée.
Ensuite, il ne fut plus question de creuser quoi que ce soit, on se contenta d’un drap et de quelques pierres. Puis, on dépouilla ces cadavres qui n’avaient plus besoin de rien alors que nous les vivants manquions de tout.
Quand on a plus que la peau sur les os et qu’on se délabre physiquement, on ne peut se permettre d’avoir pour les morts autre chose que des pensées fugaces.
Si je ferme les yeux, je revois les mouches. Les mouches nombreuses qui bourdonnent sur les cadavres. Comme une frange de barbe vivante. Près de la bouche. L’odeur sucrée de la pourriture qui s’insinue partout.


Il ne fallut pas attendre bien longtemps avant que l’on ne commença à dépouiller les vivants. Aux moments des distributions de rations, décroissantes et de plus en plus irrégulières, on se disputait la compagnie des plus faibles, des plus mal en point, trop las pour réellement faire attention, trop indifférents pour ne pas être dépossédés en partie ou en totalité de la maigre pitance. L’homme fut un loup pour l’homme et la femme une proie pour tous.

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 Sujet du message: Re: [BG] Mazarine Voss
MessagePublié: Dim Fév 24, 2013 11:51 am 
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La mort dans l'âme


« Je vais me lever mon ange. Encore cinq minutes et je vais me lever. »
« Oui Philippine».
Nous savons toutes les deux que c’est faux. Philippine ne va se lever ni dans cinq ni dans dix. Philippine ne se lèvera plus, elle est arrivée au bout de ses forces. Elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière.
Hier déjà, elle a failli ne pas finir l’étape ; c’est moi qui l’ai soutenue. S’il me faut recommencer la même chose aujourd’hui, c’en est fait de moi.
Ce matin, ses jambes, ses chevilles étaient toujours gonflées par les œdèmes. Si j’appuie un tant soit peu sur les chairs, il faut un long moment pour que la peau reprenne sa coloration naturelle, pour que la marque rouge laissée par mes doigts se dissipe.
Philippine m’a regardé faire. Elle n’est ni sotte ni aveugle. Elle sait. Je lui ai dit qu’elle allait mieux et elle m’a souri reconnaissante de ce pieux mensonge.
Il est vrai qu’elle-même est orfèvre en la matière : d’elle j’ai appris et assimilé que l’on pouvait « racheter le mal de l’action par la pureté de l’intention »
Philippine continue à babiller. Elle se sent déjà mieux, elle va se lever, heureusement il n’y a pas trop de vent aujourd’hui, etc, etc…
Le voyage ne l’a pas épargnée. : la Mère Supérieure avec ses cheveux argentés, son air grave, ses yeux malicieux et son embonpoint distingué a disparu. Il ne reste qu’une grosse femme épuisée, fripée par la famine, dont les cheveux gris sont sales et emmêlés.
On aurait peine à croire, qu’il y a quelques mois de cela à peine, tu régnais si adroitement sur notre petit monde de femmes cloitrées, rigoureuse avec autrui mais accommodante avec toi-même...
Te souviens-tu de cette nuit où pour la première fois tu m’as retirée ma chemise de nuit ? J’avais 16 ans, fraichement arrivée au couvent après la ruine de mon père. Je me souviens encore de tes mots :
« Nos règles défendent, de vrai, certains contentements, mais on trouve avec elles des accommodements. Je vous instruirai de cette science.
Le mal n’est jamais que dans l’éclat qu’on fait. Le scandale du monde est ce qui fait l’offense, Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. »

J’ai honte pour elle de la voir réduite à cela et honte pour moi, qui ai partagé sa couche et à qui elle inspire à la fois pitié et horreur à présent.


Autour de nous, les gens ont commencé à se remettre en marche.
Un calvaire identique à celui d’hier, d’avant-hier et de tous les jours qui ont précédés va recommencer : une longue marche dans le néant. Derrière nous il y a Raguse que nous avons incendiée et devant il y a un mirage qui sans doute n’existe pas. Entre les deux : le néant et la mort.
Philippine continue à faire des phrases que je n’écoute pas. Elle parle pour gagner un peu de temps encore. Elle sait déjà que je ne vais pas rester avec elle, elle sait ce qui va se passer, alors elle repousse le moment fatidique.
Continuer à marcher c’est aller vers une mort probable. Rester c’est attendre une mort certaine.
Il n’y a nul secours à attendre car l’immensité dévastée et stérile n’est peuplée que d’horreurs et de cannibales. Parfois ils frappent, la nuit, le jour, s’emparant des isolés. Plusieurs fois nous avons trouvé les reliefs de leurs affreux festins : du sang séché, des os calcinés et des viscères qui semblaient comme des serpents gris et emmêlés.
Ils ne tuent pas toujours ceux qu’ils capturent : ils coupent un bras ou une jambe, cautérisent la plaie, recommencent avec un autre membre. Même pas par cruauté, juste parce que la viande vivante se conserve plus longtemps que la morte. Nous avons aussi vu cela.
Mais surtout, il y a la faim, la soif, le froid et les cendres qui tuent tout aussi sûrement.



Penchée sur mon pauvre sac, je m’assure que les sangles en sont bien attachées et que je n’oublie rien. Tant que je regarde ce sac je n’ai pas besoin de parler ou de regarder Philippine.
« Mazarine… »
Concentrée sur le sac, je ne réponds pas. Je me lève ; il est temps car la queue de la colonne défile devant nous à présent.
« Mon amie… »
Quand je trouve enfin la force de croiser le regard de Philippine Saint Pardon, elle est en larmes.
« Oh Mazarine j’ai si peur… »
Elle me tend les bras puis avec l’énergie du désespoir tente de se relever. Ses forces la trahissent aussitôt, ses jambes ne la portent plus, elle retombe lourdement.
Philippine est à mes pieds, tient ma main et pleure, secouée de tremblements. Je voudrais secouer cette main, la faire lâcher prise et fuir très loin.

C’est elle qui a lâché ma main. Entre deux sanglots, j’ai entendu « Va, hâte toi. » Mais ces mots les ai-je entendus ou rêvés ?
Je ne me suis retournée qu’une fois. A cent mètres, au milieu du néant, elle était toujours agenouillée, toute seule sous le ciel fuligineux et indifférent. Il m’a semblé qu’elle chantait.

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 Sujet du message: Re: [BG] Mazarine Voss
MessagePublié: Lun Mai 26, 2014 7:59 pm 
Aventurier
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Les récits qui précèdent suivent une chronologie et précèdent l'arrivée à Luminis. Ceux qui suivent sont liés aux souvenirs du PJ.
Souvenirs. Pour une poignée de thalers de plus



« Béni soit Aglot’h, le Très Haut, notre Dieu, Roi de l'univers, qui créa le fruit de la vigne. »

Pour fêter mon retour de ce petit voyage au royaume des Cendres, Abiggaêl a sorti quelques bouteilles de notre cave qui exceptionnellement agrémenteront notre soirée.
Je crois me souvenir que celles-ci nous avaient été offertes par G&A après que Francesca eut remis sur pied l’un des leurs passablement malmené lors d’une émeute ouvrière. C’est un vin de la région d’Oniria, dont Francesca et moi sommes natives : touchante attention ou preuve que les gnomes, maudits soient-ils, sont bien renseignés et tiennent à le faire savoir.
C’est en tous cas un luxe rare car on ne voit plus guère de vin depuis l’Anamorphose : vestige d’un passé plus civilisé et plus heureux.

Pour prolonger la veillée, Marie Isabelle a suggéré que chacune d’entre nous raconte ce qui fut à l’origine de sa vocation.
Toutes me regardent.
Enfin presque….
La belle Laure est bien trop absorbée par le marmot Hin orphelin que ce Charik, feu Ashmed Baba, nous a collé dans les bras. Il faudra que je m’en occupe.
Wilfrieda a les yeux dans le vague, ce qui est son état habituel depuis qu’elle a été séquestrée et violentée.
Quant à Francesca, elle n’a pas desserré les dents depuis la crise de jalousie dont elle m’a gratifié la veille et je préfèrerais qu’elle cesse de me regarder ainsi.


« A vous l’honneur Sœur Mazarine. »
« Oui, commencez Sœur Mazarine. »

« Je n’ai pas toujours eu la foi qui nous anime toutes aujourd’hui. Pour parler vrai, je suis entrée en religion car je ne pouvais être suffisamment dotée. Au couvent, à Raguse, j’ai pris conscience de la Vérité et de la beauté qu’il y a à consacrer son existence au Très Haut. »
Voilà c’est dit. Thérèse et Anne sourient satisfaites. Puisque ce sont les circonstances et non la foi qui m’ont faites nonne, je ne puis leur disputer les lauriers de la plus belle vocation. Si cela peut leur ôter une raison de m’épier…
Ainsi que le disait feu mon père, mieux vaut savoir se couper un doigt que perdre la main. Lui, qui financièrement parlant, venait de perdre les deux bras, parlait en connaissance de cause.
De la même façon, mieux vaut un demi-mensonge que la vérité crue. Le mensonge a été créé par l’homme pour éviter les conflits, tandis que la vérité fut inventée par les dieux pour nous mettre à nu.
Pour en revenir à ma vocation, ce qui se passa en réalité, Aglot’h me pardonne, fut un peu différent et ne pourrait raisonnablement être raconté ici.


Mon père, veuf, était un prospère négociant en grains. J’étais fille unique.
La guerre contre les diables Daymonides était dans sa dixième année, mais elle se déroulait ailleurs, loin. Chez les autres. Si nous en entendions parler, nous ne la voyions pas et c’était très bien ainsi.
Cette année-là, l’été fut précoce et les récoltes s’annonçaient pléthoriques : les moissons arrivées, il allait pleuvoir du blé.

Un Nain le dirait, qui dit marchandise abondante, dit baisse des prix.
Commerçant avisé, mon père vendit à terme d’énorme quantité de grains à ses clients meuniers, remettant à plus tard le soin de couvrir ses ventes par des achats à même échéance car les prix piquaient toujours plus du nez à l’approche des moissons.
C’est alors, que quelque part au pays de Nod, maudits soient les Draïs et les Gnomes, explosa l’Ultime. L’explosion fut ressentie de loin ; en plein jour, l’horizon devint rouge, puis noir, il n’y eut plus de jour et de nuit, seulement un crépuscule permanent, puis les vents apportèrent les cendres.
La récolte qui devait être prodigieuse s’annonça misérable et la valeur du blé s’envola vers les cieux, atteignant des prix jamais imaginés, bien au-delà de ceux auxquels mon infortuné père avait vendu des mois plutôt. Le prix était une chose, la disponibilité en était une autre car il n’y avait presque rien à acheter et le peu qui était encore négocié valait plus que l’or…
Un gouffre sans fonds venait de s’ouvrir sous les pieds du malheureux et menaçait d’engloutir sans rémission tout ce qu’il possédait.
Incapable d’honorer ses engagements, les huissiers à notre porte, cerné par les créanciers, sur le point de voir tout son bien saisi, il fit don de tout au couvent de Raguse et m’y fit admettre en catastrophe. Puis, estimant son enfant en sécurité, menacé de toutes parts, harcelé par ceux qu’il avait entrainés dans la ruine, il se pendit.
Nécessité faisant loi, mon noviciat ne dura que quelques heures, rentrée le matin, je devins Sœur le soir. Nulle ne prononça jamais ses vœux plus vite et aussi discrètement que moi. J’avais quinze ans.

Au dehors, les cendres continuaient à tomber drapant Raguse et ses environs dans un linceul de silence.

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"La vérité n’est pas le contraire du mensonge, trahir n’est pas le contraire de servir, hair n’est pas le contraire d’aimer, confiance n’est pas le contraire de méfiance ni droiture de fausseté…"
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Dernière édition par tzipori le Dim Jan 03, 2016 11:23 am, édité 1 fois au total.

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 Sujet du message: Re: [BG] Mazarine Voss
MessagePublié: Dim Jan 03, 2016 11:17 am 
Aventurier
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Souvenirs. Rien qu'un accident !


Je perds l’équilibre, bascule en arrière au ralenti et tombe en battant des bras pour me rattraper au néant. Je hurle mais aucun son ne sort de ma gorge.
Les quelques 20 mètres qui séparent les fenêtres les plus basses du Couvent des rues de la ville haute de Raguse sont parcourus en un battement de cil, les pavés de la rue se rapprochent à toute allure pour m’accueillir. C’est trop bête…non ! NOOOON !

Je m’écrase contre quelque chose de mou et me réveille en sursaut, glacée, le souffle court.
Un corps lové contre le mien bouge, s’étire, se lève à demi sur un coude avant de retomber sur moi. Francesca !
Je ne suis pas à Raguse, seulement dans mon lit.
Ce n’est pas la première fois que je fais ce rêve. Je l’ai fait plusieurs fois depuis que Shoena Khan est réapparue comme pour réveiller certains épisodes que je voudrais oublier.
Je ne suis jamais tombée pourtant…Ce n’était pas moi, c’était quelqu’un d’autre. Et je n’y étais pour rien, non pour rien, vraiment pour rien…Je ne l’ai même pas poussé en vérité ! Même si je l’avais voulu je n’aurais pu empêcher cela ! Mais l’aurais-je seulement empêché ?


Quand je suis entrée dans la pièce, elles ne m’ont pas entendue et lui non plus : j’ai le pas léger tant j’existe à peine.
C’est que je n’existe pas par moi-même, je suis transparente ; le silence et le vide précèdent mon passage, les murmures et les rires le suivent.
Quand je suis entrée au Couvent j’étais la « fille de l’usurier suicidé ». Trois mois plus tard, après que Philippine m’eut couchée dans son lit, j’étais devenue la « gougnotte ».
On me hait, on me méprise ouvertement, on me jalouse parfois…Certaines de mes Sœurs m’accordent assez de crédit pour me craindre un peu et je ne m’en plains pas.
Toujours est-il que personne ne m’a entendu entrer dans la pièce…

Drusina est en grande conversation avec ce Bruno, le sale petit Hin de Shoena Shaw.
Il est assis nonchalamment dans l’encadrement d’une fenêtre ouverte, dos à la rue. Il a dû escalader le mur et l’une d’entre elles lui a ouvert.
Luciana et Grazia n’interviennent que de temps en temps.
Je n’ai que des amis ici :
La petite crapule Hin m’a menacé de son couteau il y a deux mois à peine quand je l’ai surpris en train de voler le vin du Couvent avec Shoena la sauvageonne Braj : « J'te tiens toi ! T'as mis ton nez là où fallait pas t'peux m'croire. J'fais quoi, l'chaton ? J'la pique et je la balance que'k'part ? »
Luciana et Grazia m’ont toutes deux craché au visage car leurs parents ont été plus qu’éclaboussés par la banqueroute de mon père.
Quant à Drusina, elle a toujours eu l’art de me distiller en public les bons mots qui déclenchent une tempête de rire, tels que « Mazarine est la plus pure d’entre nous, elle se confesse tous les soirs…entre les cuisses de notre mère supérieure » ou « Mazarine descendras tu encore à la cave ce soir ? ». Quant aux autres mots fleuris dont je suis la cible, il est à peine concevable qu’une aussi jolie bouche puisse prononcer pareilles insanités.
Entre le voyou Hin et les trois grâces, me voilà en bonne compagnie.
Je ne sais pas de quoi il est question mais la conversation entre le Hin est Drusina est pour le moins animée. Seules quelques bribes de phrases me parviennent. Ce qui se passe entre ici n’est certainement pas très orthodoxe :
« Si j’raconte ça mes jolies, vous… »
«…à qui le dirais tu ? Personne ne te… »
« C’est qu’j’ai de l’imagination à r’vendre moi. »
« Tu ne diras rien ! »
« Oh, oh, c’est qu’j’ai la langue bien pendue et… »
Elle l’a soudain poussé du plat de la main. Bruno, surpris bat des bras comme pour retrouver son équilibre puis bascule en arrière quand Drusina le pousse des deux mains cette fois. Il n’y a eu qu’un cri quand le Hin est passé à travers l’encadrement de la fenêtre ouverte suivi d’un bruit mat quand un instant plus tard il s’est écrasé dans la rue en contrebas.

J’ai crié de surprise et elles se sont retournées avec un bel ensemble. Nous nous sommes regardées un instant et puis j’ai tourné les talons et me suis mise à courir comme une folle, prise de panique à l’idée de ce qui pourrait leur passer par la tête.
J’ai couru, couru mais Drusina a fini par me rattraper, vite rejointe par ses comparses. Elles me poussent dans un coin, me tiennent par les bras, me tiennent par les cheveux.
« Tu nous espionnais salope ? » Drusina me gifle.
« Sale gousse ! » fait Luciana.
La troisième me crache au visage.
Elles me giflent encore puis se finissent par se calmer, elles se regardent se demandant quoi faire à présent. Si nous étions près d’une fenêtre je serais déjà morte sans doute.
« Si vous continuez je hurle. Et puis deux morts le même jour cela risque de faire beaucoup. »
Drusina a interrogé du regard Luciana et Grazia, soudain devenues muettes, puis ses doigts toujours crispés dans mes cheveux, a répondu dans un souffle : « C’était un…accident. »
Nous sommes si près que l’on dirait qu’elle va m’embrasser.
« C’était un accident. Il est tombé tout seul et nous n’étions pas là. Vous ne l'avez pas poussé...et je n'ai rien vu.»
La main de Drusina lâche mes cheveux; elle reprend son souffle, acquiesce. C’est fini.

S'il y eu une enquête sur la mort du Hin, elle fut fort rapide. Un Hin monte en l'air avait essayé de grimper jusqu'au Couvent poussé par la faim ou l'espoir d'une rapine lucrative, il était tombé. Point.
Je ne sais pas à qui Bruno le Hin était utile de son vivant, mais il me fut à moi, fort utile, une fois mort. La paix armée avec Drusina m’apporta une sorte de nouveau confort. On continua à murmurer dans mon dos mais les plus véhémentes ayant abandonné la partie, l’hostilité et le mépris se firent plus feutrés.
Hors des murs du couvent, Raguse continuait à mourir à petit feu, repliée sur elle-même, claquemurée derrière son enceinte fortifiée; plus aucune nouvelle ne nous parvenait des autres villes : existaient-elles seulement encore ?
Toutefois, en ce qui me concerne ces dernières années au Couvent furent fort paisibles. Ensuite, il y eut le grand incendie et l’Exode vers Luminis…Drusina, Luciana et Grazia n’y ont pas survécu.


BG Mazarine, la marche vers Luminis

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Mazarine Voss

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