Connexion | Inscription


Les heures sont au format UTC


Nous sommes actuellement le Mar Mars 26, 2019 5:02 pm




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 15 messages ]  Aller vers la page Précédent  1, 2
Auteur Message
 Sujet du message: Re: [Chroniques] Les Pélerins d'Almutahhar
MessagePublié: Mar Août 02, 2016 12:32 pm 
Citoyen
Avatar de l’utilisateur

Inscrit le: Sam Jan 23, 2016 10:16 pm
Messages: 48
Sky se souvient et raconte aux chariks, le soir au coin du feu :


Image
[...] Nous quittions silencieux et la tête basse la demeure qui nous avait rendus fous. [...]

Image
[...] Les nuits furent rudes et nous étions contents de quitter ces ruines. [...]

Image
[...] ...craignant à tout instant une coulée de lave qui aurait pu faire de nombreux blessés...[...]

Image
[...]Euh... Non rien de très intéressant... Quelques babioles. *regarde ailleurs* [...]

Image
[...] Nous n'en croyions pas nos yeux... Pour la plupart d'entre nous, nous n'avions jamais rien vu de tel. [...]

Image
[...] Son Sang vint nous rassembler et nous nous préparâmes à découvrir Almutahhar. [...]

Image
[...] Depuis ce ne sont que jeux et réjouissances. L'autre jour, nous avons même organisé une course de bateaux. Mais non ! Pas des vrais bateaux ! [...]

_________________
Sky
Scott Ryder


Haut
 Hors-ligne Profil  
 
 Sujet du message: Re: [Chroniques] Les Pélerins d'Almutahhar
MessagePublié: Ven Août 12, 2016 5:02 pm 
Développeur
Avatar de l’utilisateur

Inscrit le: Mer Jan 07, 2015 5:40 pm
Messages: 316
Ghazis

Image

Cyrus s'était installé sur le promontoire rocheux qui dominait le camp de Noor. C'est là que le voyage s'était achevé, que leurs hôtes les avaient accueillis. Ils étaient de nombreuses races, de nombreux peuples également, même si la majorité d'entre eux était incontestablement d'origine charik.
De là-haut, de son perchoir comme il le nommait, il pouvait contempler l'étendue de tentes disséminées sur la colline. Le va-et-vient de cette population bigarrée qui avait, pour la plupart, adoptée les tuniques et couleurs bleues sombres caractéristique de la communauté originale : celle de Son Sang, leur guide.
Pour sa part, n'eut-ce été la volonté des habitants du camp de Noor de lui dresser la même tente que celles sous lesquelles ils vivaient, il serait resté assez modeste et n'aurait pris le temps que de monter celle dont il se servait durant ses voyages. C'est sous cette toile grossière qu'il aimait vivre de tous temps. Sauf dans les cas les plus extrêmes qui nécessitaient qu'il lui faille s'abriter dans une grotte ou un lieu plus sûr. Une situation somme toute assez rare : sa nature le protégeant de bien des effets du Voile que ses cousins humains ou d'autres races craignaient, à juste titre. Une nature qu'il n'avait révélée qu'à leur arrivée et encore assez discrètement lorsqu'il avait ôté son chèche pour profiter du soleil, de l'eau, de la fraîcheur et de la lumière prodiguées par l'oasis non loin de là. Un lieu providentiel dont la beauté avait saisi tous les cœurs, ou presque. Il y avait bien quelques endurcis, quelques personnes qui avaient encore du mal à s'ouvrir à cette nouvelle vie qui s'offrait à eux. Et il les comprenait, tout ceci était si nouveau pour la plupart d'entre eux. Lui-même était bien trop jeune pour avoir connu la vie d'avant.

Image

C'était là l'une des particularité de siens, si tant est qu'ils aient pu se reconnaître et se distinguer comme une race à part entière. Il était très incertain sur cette question. Il ne doutait pas de l'étrangeté, de la différence de ceux que les chariks appelaient Ghazi : un mot de leur langue que l'on pouvait traduire par « combattant de la Foi ».
Force lui était de reconnaître que quelle que fut la ferveur de ceux qu'il avait à ce jour rencontrés, tous semblaient instinctivement se tourner vers le Tout-Puissant ou du moins accomplir Sa volonté par leur action bienfaitrice. Et cela n'avait pas manqué de se vérifier durant ce voyage où 3 d'entre eux s'étaient spontanément mis en avant et avaient affiché durant tout le voyage leur détermination à protéger les pèlerins, qu'elle qu'en fut le prix. Ils n'avaient pas été les seuls en ce cas, loin s'en faut. C'est tout un groupe qui s'était constitué afin de s'acquitter de cette tâche. Mais ces trois-là s'étaient aussitôt reconnus pour ce qu'ils étaient et avait rapidement noués des liens, sans même se parler, se repartissant spontanément les tâches au sein du groupe. La sienne avait été de tenir le dernier rang et de s'assurer que personne ne serait abandonné, de soigner et remonter le moral du groupe. Une fonction qu'il connaissait bien pour avoir souvent mis à contribution ses capacités au sein des caravanes marchandes. Celles des chariks en particulier qui l'accueillaient toujours avec bienveillance et même une pointe de respect presque sacré due autant à son rôle de prêtre, de guérisseur, qu'à sa nature qui représentait tant pour eux.
Ils étaient les symboles vivants de l'accomplissement de la Prophétie, de la venue du Prophète et de l'avènement de la Sha'ada.
Ils étaient Kel Taɣelmust à double titre : « Ceux du voile », tout comme leurs cousins chariks en raison de celui que nombre d'entre eux arboraient ; mais également parce que tous étaient filles et fils du Voile. Chacun d'entre eux était le fruit béni de l'union d'un couple après que le cataclysme ait eu lieu il y avait maintenant un petite vingtaine d'années. Quelle que fut leur origine ils partageaient tous certains traits communs comme ces cheveux blancs et ces yeux clairs ou colorés qui les distinguaient des peuples parmi lesquels ils voyaient le jour. Mais également la capacité de résister mieux que la plupart aux effets délétères du Voile. Insensibles aux mutations, résistants aux pluies acides et à la fraîcheur des nuits et jours lorsque le Voile se faisait si épais que la chaleur du soleil n'arrivait plus à percer. D'aucuns les disaient même protégés contre la foudre qui s'abattait durant les violentes tempêtes qui parfois accompagnaient les nuages de cendres. Bien qu'il n'ait jamais eu l'occasion d'être frappé par la foudre, cela semblait un peu exagéré à son sens. Néanmoins il est vrai qu'il avait constaté qu'ils étaient moins sensibles au crépitement dont l'air se chargeait avant et pendant la tempête et qui semblait tant perturber la faune et la flore.
Pour la plupart des gens, ceux de Luminis en particulier, ils n'étaient que d'autres mutants.

ImageImage

C'était d'ailleurs une question récurrente qui lui était posée : n'est-il pas possible que quelque part l'un des vôtres soit né parmi des gens qui ignorent tout de la Sha'ada et ne voient en lui qu'un mutant ?
Une interrogation légitime mais qui ne manquait jamais de le faire sourire. Tout d'abord parce qu'elle partait du principe que leur nature était unique et que tout être ayant leurs traits se devait d'être par essence un Ghazi, comme s'il s'agissait d'une race. Or rien n'était moins sûr. La volonté du Très-haut, selon lui n'était peut-être pas de faire éclore parmi les peuples une espèce vouée à prendre le relais. Il doutait même fortement que cela fut Son souhait. Fervent, convaincu de la Prophétie, il voyait les siens plus comme des messagers, des envoyés de l'Unique, chargé d'accomplir Son oeuvre. Et dans cet esprit il ne pensait pas que tous avaient la même vocation que lui à transmettre et propager la Foi. Loin de là. Ses compagnons en étaient le parfait exemple : le premier avait une nature guerrière et manifestait bien plus l'aspect combattant que celui de la Foi ; la seconde était à mi-chemin plus fervente, mais aussi combattante, elle ne témoignait d'aucune religion particulière : ses origines, son histoire, l'ayant mise en lien direct avec les éléments et la nature. Dans son esprit cela allait même bien plus loin puisqu'il envisageait l'ignorance de certains à l'égard de leur nature telle qu'ils pourraient se détourner de la foi, s'en défier et pour autant accomplir la volonté divine.

Image


La Sha'ada
C'était là un assez subtil aspect de sa vision de la Sha'ada. Un aspect qu'il se devait de partager avec le plus grand nombre. Ce qui d'ailleurs se faisait de plus en plus sans qu'il eut besoin de faire le prêche. Cela correspondait tout à fait à sa façon usuelle de procéder : éviter le prosélytisme, mais plutôt interroger par l'exemplarité de sa conduite et de laisser les autres venir à lui selon leur volonté. Depuis leur arrivée à Almutahhar, depuis qu'ils avaient révélé leur nature et leur rôle au sein des pèlerins, il avait pleinement profité de leur intérêt soudain pour répondre et par là même répandre la Parole. Que ce fut en public ou en privé comme il supposait que cela allait advenir alors qu'il observait la femme monter seule le long du chemin qui ne pouvait conduire que là où il nichait.
Cette fois-ci c'était une femme. L'une de celles sur lesquelles il se posait des questions quant à sa nature et son rôle dans le divin Dessein. Même s'il avait peu communiqué avec elle, il l'avait beaucoup observée depuis leur départ. Il y avait quelque chose chez elle qui lui parlait. Une énergie qui émanait d'elle et qui la faisait s'attirer la bienveillance du plus grand nombre. Une bonté, voire une générosité qu'elle semblait partager au demeurant, se souciant de tous et de chacun. Endurant beaucoup sans jamais gémir ni se plaindre. Il attendait sa visite depuis longtemps aussi l'accueillit-il avec un sourire encore plus large qu'à l'accoutumée. Posant quelques doigts sur son front, glissant la même main sur son cœur et l'ouvrant dans sa direction, il la salua, répondit à son salut, puis s'enquit de son état. Ceci fait il attendit qu'elle s'ouvre et lui révèle l'objet de sa visite.
Ce fut sans surprise qu'il l'entendit évoquer la foi en la Sha'ada et de lui demander qu'il lui en dise plus sur son histoire, ses dogmes.
Il la regarda longuement, cherchant derrière sa mine sérieuse ce qui pouvait animer sa curiosité, ainsi que le choix de s'adresser à lui à ce moment précis.
Prenant peut-être cela pour de l'indécision, elle finit par ajouter qu'elle donnerait ensuite des explications si cela l'intéressait. Et cela l'intéressait, bien que n'ayant aucune influence sur sa motivation à lui réponse, ni sur le contenu de celle-ci.

Image

Ainsi, il entrepris de lui exposer sa vision de la Sha'ada :
« Voici ce que je puis d'emblée te répondre, ma sœur. Tout d'abord je peux te dire ce que j'en sais. Et il est important, essentiel même que tu entendes bien que nul, hormis le Tout-puissant et Son Prophète ne sait exactement ce qu'est la Sha'ada. Celui qui te dit le contraire est un aveugle qui s'illusionne, soit d'avoir trop vécu dans les ténèbres soit si près de Sa Lumière que ses yeux brûlés et sa vue s'en sera trouvée altérée. Il arrive aussi que certains se soient perdus dans le désert profond et, quête d'un providentiel salut ? Manque d'eau ? ils ont fini par avoir des visions, de celle que l'on nomme les mirages des sables. Je ne suis pas juge des hommes aussi te le dis-je sans aucune opinion sur la valeur de chacun d'entre eux.
Ces derniers sont, tout comme moi, souvent plus prudents et évoquent plutôt leurs croyances. C'est aussi ce que je pourrai faire dans un second temps : te présenter ma vision et d'autres que je peux connaître ou deviner. C'est le second point qu'il te faut d'emblée tenir pour acquis. Il n'existe pas de dogme de la Sha'ada, tout au plus DES dogmes qui sont au croisement de deux flux, celui de la Foi induite par la Sha'ada et celui de la culture dans laquelle cette Foi se développe. Aussi tu rencontreras autant de discours que de fervents. Et pourtant, ne t'y trompes pas, si tu les écoutes bien, si tu es attentive et gardes l'esprit ouvert, tu découvriras que tous puisent leur eau à la même source, ce qui est, pour moi, le cœur même de la Sha'ada et de ma Foi dans l'Unique.
Mais n'anticipons pas...
 »

Image

Il rit et profita de ce moment pour marquer une pause. Toujours attentif aux réactions de son interlocutrice. Celle-ci esquissa un sourire tout en l'écoutant et s'installa confortablement à ses côtés, partageant avec lui un fruit et un peu d'eau... s'attendant sans doute une longue conversation.
« J'en sais si peu, Cyrus... La Sha'ada est un tabou à Luminis, l'avais-tu remarqué ? Les dieux du Corps-Divin s'en méfient, si bien que même les croyants du Prophète ne font que chuchoter son nom... Se cachant aux yeux des habitants et bâtissant des forteresses secrètes autour de leurs prêtres…
C'était la peur qui habitait nos cœurs, Cyrus. La peur de perdre le peu de bonheur que l'on s'était construit entre deux ruelles boueuses.. Et auquel on s'accrochait avec la force du désespoir. La peur, la violence, le vice étaient nos maîtres incontestés.
Alors, lorsque j'ai entendu Thais parler à Sarmath, j'ai su que la prophétie était en train de se réaliser.
»

ImageImage

La prêtre acquiesça, simplement. Puis, il prit un moment semblant réfléchir et peser ses mots avant de répondre :
« J'avais remarqué que la Sha'ada troublait le fragile équilibre qui règne dans la cité. Tout comme les miens dont il se murmure qu'ils y sont traqués, qu'ils disparaissent s'ils se manifestent un peu trop ostensiblement. C'est pour cela que j'ai emprunté l'identité de Montgomery Alexis Price -paix à son âme- et que je suis resté le crâne couvert. Sans chercher à me cacher mais évitant tout de même de trop attirer l'attention. Je dois avouer ne pas être doué dans cet art de la discrétion et de l'anonymat. J'aime vivre au grand air et sous l'Oeil Unique du Très-Haut, d'Agloth, comme le nomment les fervents du corps-Divin. Un nom qui Lui va très bien et qui en vaut bien un autre. Les miens Le nomment Kūraš. Cyrus en est l'un des avatars. Le prénom que l'on donne à certains de nos fils lorsqu'on souhaite les placer sous son auspice. », conclut-il désignant l'astre lumineux presque à son zénith.
Elle écoutait l'homme avec une grande attention et soif de savoir, et l'observait de son regard clair aussi reprit-il rapidement :
« Je ne sais pas si les dieux du corps-divin se méfient tant de la Sha'ada. Je ne saurais parler en leur nom. Je doute même que leurs prêtres le puissent. Mais admettons, je ne suis personne pour remettre leur Foi en question et leur parole en doute.
Les temps sont durs pour les fervents : le Voile a changé beaucoup de choses. D'aucuns parfois affirment qu'il est l’œuvre des dieux ou de certains d'entre eux, qu'il est là pour punir les mécréants et infidèles, pour trier le grain de l'ivraie. C'est une hypothèse qui en vaut une autre et qui place les dieux du Corps-divin dans une très lourde responsabilité. Une responsabilité telle qu'elle en aura détourné nombre de fidèles. Tant et tant qu'on peut même se permettre de douter que cela fut de leur fait, que cela fut leur objectif. J'ai entendu d'autres voix affirmer que certains des dieux avaient tenté en vain de s'opposer à la folie des elfes et des hommes qui entraînant toutes les races et tous les peuples dans leurs conflits séculaires auraient fini par user de moyens impies pour en finir avec leur ennemi. Une autre hypothèse qui se tient également, surtout lorsque l'on considère ce dont sont capables nos frères lorsqu'ils s'éloignent du droit chemin pour arpenter certaines forêts sombres de la vie, certaines cavernes obscures de la raison. D'aucun parlent même de terribles pactes avec les Daïmons...
»

Image

Il prononça ce mot avec gravité et soupira dépité, lançant un regard entendu à la jeune femme avant de poursuivre :
« Dans tous les cas, j'évite de me prononcer sur ces questions et préfère adopter la posture du doute raisonnable. J'ignore tout autant les Desseins des dieux que ceux du Tout-puissant et je crois qu'il est vain et très arrogant de prétendre les connaître et quelques peu absurde de les juger sur la simple foi en l'une de ces propositions. Ce sont souvent les mêmes qui considèrent d'un mauvais œil qu'Ils auraient laissé faire et qui estiment de leur droit d'agir comme bon leur entend sans devoir rendre compte aux dieux – ni à quiconque généralement- de leurs actes.
Je suis un homme simple, trop peut-être, et j'estime que mon esprit ne peut englober ce qui le dépasse. Comment cette fourmi pourrait-elle envisager avec certitude la portée des actes d'êtres tel que toi ou moi ? Nous sommes si différents. Pour être plus précis encore : comment une part si infime du Corps-divin pourrait-elle concevoir ce que l'ensemble ou même juste entrevoir une partie telle que Son Œil voit ? Cela dépasse ma compréhension qu'on puisse le croire, qu'on puisse s'en croire capable me semble révéler de l'orgueil démesuré, tout bonnement.
»
Tranchant avec le sérieux de son discours, il éclata alors d'un rire grondant puissant, tonitruant. Au terme de ce long éclat, il la regarda les yeux pétillants et reprit :
« Tu auras vite à considérer pourquoi l'on me surnomme le fou, ma sœur ! J'ai encore digressé et loin d'étancher ta soif, de rompre et partager le pain avec toi, je t'abreuve de quelques unes de mes friandises. Pardonne-moi. J'en viens aux faits, rien qu'aux faits. »
Elle rit de même. Puis de lui rétorquer :
« Je ne vois pas pourquoi on te surnommerait fou, Cyrus... Mais bavard et intarissable, c'est un fait ! Je crois que je n'ai pas pris assez de provisions avec moi. »
Après avoir partagé cet éclat comme on partagerait le pain, le prêtre reprit :
« Tu as raison, je parle bien trop. Nous évoquerons le Fou un autre jour, ma sœur. C'est là un sujet fort intéressant.
Mais revenons à l'essentiel : que sais-je de la Sha'ada ?


Image

Cherchant à rassembler mots et idées, à les organiser, il fini par reprendre son discours :
« Elle n'est pas une religion organisée telle que celles du Corps-divin. Comme je te le disais, nous n'avons pas de dogmes, de rituels particuliers qui font de nous de véritables adeptes par opposition aux mécréants.
Tu en rencontreras parmi les fervents de la Sha'ada qui te diront le contraire et te soutiendront que tu te dois d'accomplir des rituels, de te soumettre à des rites en usage. Et ils auront raison, tout autant que les adeptes du Corps-divin ont raison. Chacun de ces usages, chacune de ces églises marque une forme de reconnaissance, de vision du culte et de la Foi. Comme je te le disais, elle est le fruit d'une tradition , d'une culture ou d'une dévotion particulière en un aspect donné de la Divine Création. Et il nous appartient de la respecter en tant que telle. Telle est la voie que nous inspire la Sha'ada. Ce n'est pas une voie de la complaisance pour autant, ne t'y trompe pas, ma sœur. Nombreux sont celles et ceux qui tombent également dans cet écueil. Et cela tu le découvriras vite également. Aussi lumineuse soit-elle, la voie de la Sha'ada est difficile, exigeante pour le dévot. Plus encore pour ses fervents, prêtre, mystiques, élus et, ô combien, j'ose à peine l'imaginer, pour son Messie.
La Sha'ada est un souffle, une rumeur, un vent léger qui file et se propage à partir du désert dans toutes les directions, sur toutes ces terres que nous nommons Elechos. Pour celui qui écoute ce que le vent a à nous dire, il peut entendre qu'il affirme que le Voile Noir n'est qu'un des signes de l'apocalypse annoncée dans les douze phalanges et bientôt arrivera le Messie, qui guidera les peuples perdus à travers la vallée des Ombres. C'est cette croyance qu'on appelle la Sha'ada.
Pour l'observateur, nombreux sont les signes qui s'accumulent et semblent attester de la véracité de cette prophétie : les Douze Phalanges parlent de façon cryptique de la couleur de cendres des draïs, et fait état de ces étranges nouveaux-nés aux cheveux blancs qui irradient quelque force indescriptible par tous les pores de leur peau.
Il est dit que le Messie, ou Prophète, selon les traductions, abattra le Dragon et jettera Ceux-D'Ailleurs dans les ténèbres de l'Oubli.
D'aucuns le nient avec force et vigueur, d'autres -comme certains en Luminis- nous traquent et nous font taire. Ils nous maltraitent comme on le fait parfois avec certains chiens affirmant qu'ils ont la rage, ou encore avec ces âmes si libres qu'on les dit fous, dont l'esprit vagabonde, s'illusionne et entretiennent si dangereuses chimères qu'on les met en cage.
On nous dit également n'être rien de plus qu'une part de ces mutants, de ces pestiférés qu'ils accusent de nombreux maux et rejettent, tels des déchets dans l'oubli de leurs égouts ou de leurs fosses. Peut-être est-ce vrai. Il n'empêche...
...Ghazis nous sommes. Et certains parmi les nôtres -certains dont je suis- prient avec toute la ferveur attendant la venue du Messie. Non pas comme l'espoir du désœuvré, du désespéré qui ne sait plus vers quel dieu se tourner pour adresser ses prières, mais avec cette inébranlable Foi qui est la nôtre. Une foi telle que dans son infinie miséricorde le Tout-Puissant nous accorde le pouvoir d'accomplir des miracles. La plupart d'entre nous sont des ermites, des reclus ou des errants comme moi. Nous méditons loin de tumulte de ce monde et prions pour un bien supérieur, une force supérieure que nous appelons simplement « Sha'ada ».
Depuis peu, les nôtres arrivent à l'âge adulte et nous avons eu déjà le loisir d'observer le monde, de croître et d'atteindre notre première maturité. Ainsi commençons-nous à nous rencontrer, nous rassembler et témoigner auprès de plus en plus de personnes. Ainsi le phénomène s'amplifie. En effet, les nomades du Désert, ces Chariks, se déplacent en flux continus, et par eux se diffuse la Parole partout sur Elechos, à Luminis en particulier.
Quoi que certains en disent, notre Foi n'est pas pour tous sujet de rires, de moquerie, objet de la méfiance voire de l’œuvre d'un daïmon qui se jouerait de la Foi, celle dans le corps-divin. Certains parmi les leurs nous écoutent même, ne voyant pas de contradiction entre leur Foi et la leur, mais un complément, peut-être même la promesse d'un renouveau à venir. Et quel renouveau !
»

Image

Il rit à nouveau, les yeux joyeux, presque candide dans la fraîcheur de son allégresse, alors que sa peau d'albâtre se nimbait d'une aura lumineuse. Un large sourire arborant son visage, il se décida à reprendre, plus mystique encore :
« En vérité ma sœur, les signes sont là, je ne cesse de le répéter à celles et ceux qui souhaitent l'entendre. Toi-même tu les as perçus depuis Luminis et c'est pourquoi tu es ici aujourd'hui, c'est pourquoi tu endures toutes ces épreuves que le Tout-puissant a mises sur ton chemin pour éprouver ta valeur et ta foi ; et c'est encore pourquoi tu te tournes à présent vers moi. Tu sais que tout ceci n'est pas vain et que tu as un rôle à jouer, que l'heure de ta mort approche. Pas de l'ultime non, pour la délivrance il te faudra probablement patienter encore... mais celle indispensable, inéluctable qui précède la renaissance à la Foi : ton épiphanie est proche, ma sœur. Et je suis heureux, honoré même, que tu m'aies choisi pour prêcheur.
Saches cependant que je n'ai -et jamais n'aurai- de réponse à apporter, ni à toi, ni à quiconque viendra me voir : je ne suis pas le Prophète, non plus que l'un des élus de la Sha'ada. À ce jour la tâche qui me fut confiée est toute autre. Elle est exactement celle que j'accomplis en ce moment. Je suis un témoin, un miraculé, et un illuminé aussi probablement !
»
Il ponctua sa diatribe d'un nouvel éclat rapidement éteint par la déclaration de son interlocutrice :
« J'ai bien peur que ma mort ait déjà eu lieu. Elle a pris une forme vicieuse mais implacable, engluant tout d'abord mes pas, faisant souffrir ma chair jusqu'à devenir folle, coupant net le fil de ma vie... Sais tu alors qui m'a sauvée de cette mort ? C'est une fervente de la Sha'ada. Seul le Très-Haut a décidé de prolonger mon existence.
Oui, mais pourquoi ? »


Image

Il l'écouta et resta songeur un long moment avant de conclure calme, sérieux presque austère :
« Toi seule peut le découvrir. La Prière est un bon guide, mais pas le seul.
Tout ce que je puis apporter à toi comme aux autres c'est l'apaisement de la douleur, le soin des maux. Guérir les vivants dans leur corps, dans leur chair mais aussi et surtout dans leur âme et leur cœur, telle est ma mission. Car il n'y a qu'ainsi qu'il pourront vraiment s'accorder avec Sa volonté et entendre la divine promesse de la Sha'ada.
J'ai vu les disciples du Dragon-Roi des barbares Brajs. Marouk, comme les miens le nomment s'est éveillé lui aussi et l'affrontement est inévitable.
J'ai vu les draïs, ces elfes à qui l'on prête tant de maux.
J'ai vu les Ghazis accomplir par leur foi en la Sha'ada accomplir bien des miracles.
Et bien d'autres choses encore. Je n'ai qu'une vingtaine de vos années et comme nombre des filles et fils du Voile, je porte en moi une expérience que nombre de nos anciens pourraient nous envier tant notre chemin de vie est jalonné d'épreuves.
Et, en vérité, je te le dis ma sœur, nombre des miens sont ici pour subir le martyre qui est promis à tous par les ennemis de la Foi. Notre rôle est de nous sacrifier afin de vous préserver pour que vous puissiez bâtir le monde de demain. Notre mission est aussi montrer à tout un chacun que la Sha'ada est là tel un sentier d'or que rien, ni personne, pas même les daïmons ou les dieux ne pourront interrompre. Il appartient à chacun de choisir d'y poser le pied, de la parcourir et d'entreprendre le pèlerinage qui les conduira à l'Apocalypse, le véritable. Celui qui est annonciateur de la Révélation. Car tout ceci n'est que les prémices… le vent du désert murmure encore. Discret, léger, il souffle toujours avec douceur. Mais un jour prochain tu devras tout comme moi affronter les sables brûlants du Reg et alors qu'il se fera tempête, tu devras y faire face et te confronter Sa Toute-Puissance, l'embrasser et t'y soumettre. Et alors, seulement à ce moment-là, dans l’œil du cyclone, le véritable éclat de Sa Lumière tu percevras.
»

Image

Il se tut alors et, dans le silence qui s'installa, la scruta ouvertement, parcourant lentement sa silhouette, ses traits, s'attardant sur sa chevelure avant de revenir à ces yeux aussi clairs que les siens et d'y plonger toute la profondeur de son regard comme pour communier cherchant une réponse à une interrogation muette. Celle-ci y répondit par une autre question :
« Dis-moi, crois-tu alors que Son Sang nous ai amené jusqu'ici pour justement bâtir le monde de demain ? Je veux dire... Bien sûr qu'il souhaitait nous sortir de la Cité Noire. Mais, cela avait un but, n'est ce pas ? Redonner vie à Almutahhar...
- Je ne doute pas qu'il ait eu un but, oui. Lequel ? Je l'ignore et ne chercherai pas à en faire des hypothèses : je préfère bien mieux sculpter les nuages. Ce que je peux t'en dire c'est que depuis notre retour, il a repris sa place au sein de sa communauté. Une place qui n'est ni plus humble, ni plus éminente que celle d 'un autre. Je peux également colporter la rumeur qui le désigne comme étant du même Sang que le Messie. Aussi suis-je enclin à penser qu'il à agit pour accomplir la volonté du Messie et par là même celle du Tout-Puissant, mais cela ne repose pas sur des faits ou des dires avérés. Je crois que c'est à lui qu'il faut poser cette question et qu'il lui appartient de te répondre comme il le souhaite.»

Il la regarda sans plus rien ajouter alors qu'elle se perdait pensive dans l'observation du coucher de soleil, spectacle dont elle ne semblait jamais se lasser.
« Je vais avoir besoin de toi. Que tu me guides comme lorsque j'étais à demi aveugle à parcourir ce chemin. »
Puis elle esquissa un bref sourire, se levant soudainement.
« Mais là, il est temps de rejoindre nos amis ! » lui tendant la main et désignant l'ensemble du camp qui se préparait à dîner.

Image

_________________
ImageImage
--> Shoena Shaw <---->Cyrus d'Anshan<--


Haut
 Hors-ligne Profil  
 
 Sujet du message: Re: [Chroniques] Les Pélerins d'Almutahhar
MessagePublié: Dim Août 21, 2016 11:39 am 
Aventurier
Avatar de l’utilisateur

Inscrit le: Dim Oct 25, 2015 4:15 pm
Messages: 188
[...]

Je sentais le regard le Cyrus posé sur moi. Mes cheveux, mes yeux... Comme nous tous, nous cherchions un visage connu, amical.. à retrouver l'un des nôtres. Mais je ne voulais pas le décevoir tout de suite.

Mes pensées se perdaient dans le spectacle à couper le souffle du coucher de soleil. Même si j'avais le matériel de peinture, je ne saurais plus aujourd'hui le peindre, je ne saurais plus retranscrire sur le parchemin les émotions qu'il fait vibrer en moi à cet instant. Alors chaque soir, je le regardais. Intensément. Pour le graver dans ma mémoire et ne jamais l'oublier.

Image

"Je vais avoir besoin de toi. Que tu me guides comme lorsque j'étais à demi aveugle à parcourir ce chemin."
Puis je lui souriais brièvement, et lui tendais la main en me levant.
"Mais là, il est temps de rejoindre nos amis !"

J'aime aussi ces moments de partage au forum du camp. Ce temps de retrouvaille où chacun raconte sa journée dans le calme et la paix. Ce soir là, je regardais ces fous, ces illuminés, qui avaient tout quitté pour une terre promise improbable. Et qui l'avaient trouvée.

Mes pensées vagabondaient encore, vers les ruines de la cité. J'imaginais la vie qui avait pu l'animer autrefois. J'imaginais dans un espoir délirant la vie que nous pourrions nous construire là bas.

Image

Je regardais mes compagnons d'aujourd'hui, mes sœurs, mon frère, mon compagnon silencieux.

[...]

Si j'avais encore l'inspiration, je t'aurais écrit un poème.

_________________
Gwendalyn Harwood


Dernière édition par Minuit le Lun Août 29, 2016 9:01 am, édité 1 fois au total.

Haut
 Hors-ligne Profil  
 
 Sujet du message: Re: [Chroniques] Les Pélerins d'Almutahhar
MessagePublié: Ven Août 26, 2016 4:24 pm 
Aventurier
Avatar de l’utilisateur

Inscrit le: Dim Oct 25, 2015 4:15 pm
Messages: 188
Image

[...]

Ce soir nous avons accompagné notre premier défunt.

Tant de mois de voyage ensemble, tant d'épreuves auxquelles nous avons survécus.

Devoir brûler le corps d'Euric résonne comme un échec pour notre communauté.

Nous n'avons pas su le guérir.
Nous n'avons pas su le raisonner.
Nous l'avons laissé violenter l'une des nôtres.

Mon regard parcourt les visages de mes compagnons.

Arriverons-nous au bout de notre Histoire sans nous entre-déchirer ?
Quels sont les liens qui nous animent ?
Pourrons nous enfin apprendre à vivre, et cesser de survivre...

[...]

_________________
Gwendalyn Harwood


Haut
 Hors-ligne Profil  
 
 Sujet du message: Re: [Chroniques] Les Pélerins d'Almutahhar
MessagePublié: Lun Août 29, 2016 8:42 am 
Aventurier
Avatar de l’utilisateur

Inscrit le: Dim Oct 25, 2015 4:15 pm
Messages: 188
[ musique : https://www.youtube.com/watch?v=-qkonu2db6A ]

Image

[...]

Voilà des jours et des jours que nous nous acharnons à fouiller les ruines et enlever les broussailles. Sky, Keltarn et moi y passons le plus clair de notre temps.

Plus je regarde le désert qui s'étend devant nous, moins je crois à un lac ou une mer qui aurait pu être là autrefois. Les pontons que nous prenions pour des restes de quais, ne ressemblent pas à un port. Non... Une idée bien plus folle m'est venue en embrassant du regard le ciel et l'espace immense. Cette ville avait un lien avec les dragons. Les pontons leur permettait sans doute d’atterrir.

Cette hypothèse m'obsède et me rend dingue. Et pourtant... Cyrus abonde dans mon sens. Les Prophéties parlent du retour du Dragon-Roi que les Brajs vénèrent.

Parfois je vais au bout d'un des pontons... Tentant d'imaginer l'une de ces créatures volant dans le ciel.

[...]


Image

[...]

Nous avons découvert des portes immenses et intactes derrière les broussailles. Au vu de leur emplacement, il y a forcément une pièce immense derrière, au sein de la montagne.

Sky a sondé la porte, il nous faut revenir avec ses outils.

Mais des questions nous taraudent. Ce que nous pourrions découvrir derrière ces portes pourrait tant nous aider. Comme le dit Cyrus, ne serait ce que des pièces vides mais saines, nous aideraient à entreposer et nous abriter.

[...]


Image

[...]

Réalises tu à quel point tu comptes pour moi ?

[...]

_________________
Gwendalyn Harwood


Haut
 Hors-ligne Profil  
 
Afficher les messages publiés depuis:  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 15 messages ]  Aller vers la page Précédent  1, 2

Les heures sont au format UTC


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit and 7 invités


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de:
Aller vers:  
cron