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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Dim Juil 19, 2015 8:00 am 
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Fragments de rêves, éclats de voix

J'ai longuement voyagé au fil des rêves. La mémoire m'en reste trouble, trop diffuse pour que je puisse en lire le contenu. C'est toujours ainsi : je vis, je vais j'évolue le long des chemins que m'ouvrent mes rêves. Chacun m'apporte sa part d'idées, de messages, d'émotions, de sentiments jusque l'ultime Vision.
A rebours, vue de loin je vois me vois, j'observe mon image au travers d'un miroir. Je me regarde au travers d'yeux qui ne seraient pas les miens mais ceux d'un être, d'une entité sombre, sans état. De son regard arpentant le miroir, je vois ma silhouette lentement apparaître sur le verre poli, bouger, se mouvoir au travers d'une succession de scènes rapides qui vont s'enchainant de plus en plus vite jusque atteindre un point de tension. Nos regards se croisent alors et je devine qu'elle -c'est à dire moi !- me voit. Dès lors je suis elle et le temps ralentit, se fige presque. Je tourne lentement la tête à la recherche de cet être qui m'observe et à l'instant même ou je sais que je vais m'en saisir, tout le décor se fragment et vole en éclat.
C'est ainsi que je me retrouve à courir d'un fragment du Chant des Rêves à l'autre comme autant d'éclats des Voix de l'innombrable qui le compose, jusqu'au dernier, jusque la Vision qui me restera quelque peu en mémoire, avant de se déliter, de disparaître si je ne m'en saisis pas pour la conserver et la transmuter en souvenir par la plume, le chant ou la mémoire.
Puis vient la douleur du Réveil.

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Dim Juil 19, 2015 8:03 am 
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Fragments de rêves I

J'ai longuement voyagé au fil des rêves. Le contenu m'en échappe, trop diffus pour que je puisse en conserver plus qu'un fond trouble en ma mémoire, comme un vague décor dessiné dans le sable et qui s'effacera dès les premières vagues de la prochaine marée.

Je devais traverser des lieux et des pièces dont il ne me reste rien de plus que l'idée que les premières étaient ouvertes et libre ; les dernières closes et gardées. J'arrivais dans une salle, une sorte d'alcôve de pierre. Bien qu'imprécise, elle était dépouillée, sans décoration ni autres ornements. D'un côté une fenêtre de bois. De part et d'autre, à l'autre bout, deux escaliers et entre les deux un balcon surmontant une assemblée. Celle-ci semblait animée. Les discussions battaient bon train. Je savais que j'étais étrangère à ce lieu et que je n'y avais pas ma place qu'il ne ferai pas bon pour moi d'y être vue de m'y faire remarquer. évitant de m'avancer sur le balcon au-delà d'un point où je serais découverte, je tentais de percevoir plus précisément le bruit de fond de ce choeur de voix qui planait dans l'espace. Il portait un Chant de mystère dans cette Chambre secrète. Il y était question d'une Assemblée et de République, assemblée dont l'origine se situait ici, en ce lieu, dont une part des membres de ce groupe était membre, d'où ils tiraient leurs ordres, où ils devaient rendre compte et discuter des options à venir des issues possibles, des décisions à prendre. Je descendais l'escalier pour essayer de mieux entendre de saisir plus précisément une voix, comme un soliste se mettrait en avant.
Je perçus aussitôt une présence venir. Je sentais avant même de le voir sa pensée, altière, fine et subtile, me chercher. Elle me savait ici. Je refluais aussitôt vers le haut et avant même que j'ai pu m'esquiver il pris corps devant moi, apparaissant simplement plus que surgissant comme s'il montait pour faire une pause et il me regarda ainsi qu'à une autre personne qui fut arrivée en cet espace pour la même raison. Comme s'il n'était pas surpris de ma présence comme si ma seule présence ici ne pouvait être le fruit du hasard et justifia à elle seule qu'il n'y portât pas plus d'intérêt, qu'il ne m'interrogeât point sur les raisons de mon intrusion. J'étais en ce lieu, c'est donc que j'y avais ma place. Rassurée, je me manifestai à lui, affichant ma présence et lui parlant ainsi qu'il me recevait. J'étais une nouvelle venue, qu'il ne connaissait pas et dont durant ce moment de pause il allait faire un petit tour de reconnaissance.
Nous parlâmes aussitôt de l'assemblée en effervescence. Il me fît entendre qu'il savait que je n'avais pas vraiment ma place ici et que d'autres que lui -dont la simple évocation manifestait aussitôt un lourde et funeste menace- seraient moins patients et plus prompts à m'éliminer.
C'était un homme assez simple, de petite taille. Sa fine chevelure assez courte laissait en deviner les restes d'un poivre et sel frisottant qui autrefois furent certainement teintés d'un brun soutenu. Un quarantenaire, élégant mais pas vraiment beau, soigné avec style mais pas très charismatique. Et pourtant, dès qu'il parlait, tout son attrait, toute sa puissance se révélait par la clarté du verbe et la qualité oratoire qu'il manifestait aussi naturellement qu'il avait dû durant maintes années travailler pour aboutir à un tel résultat. Chacun de ses mots, chacune de ses expressions étaient une flèche finement choisie, atteignant en ni trop peu, ni trop de phrases ni de mot, l'exact point sur la cible visée par l'arc de sa pensée. La puissance de pénétration, la force d'analyse de sa pensée, la justesse de sa réflexion tout cela jaillissait alors comme une évidence telle qu'elle infligeait une blessure à l'âme, comme le reproche à peine voilé de n'être pas parvenue à cueillir soi-même le fruit sur son propre arbre.
J'étais fascinée. Lui restait toujours dans une sorte de distance affectée entre un léger dédain et une forme de politesse qui l'obligeait à ne pas m'ignorer, à se montrer prévenant autant pour son bien que pour le mien. Tous ces implicites, tous ces non-dits étaient comme autant d'insondables et mortels gouffres qui s'ouvraient sous chacun de mes pas, que je devais esquiver avec toute la prudence dont j'étais capable, tout en en dessinant les contours sur la carte de ma mémoire, car je devrai au préalable, m'y engouffrer, les explorer, en trouver les secrets et mystères, si j'aspirais vraiment à me tenir un jour à ses côtés.
Il m'interrogea sur les raisons de ma présence prématurée, évoquant sans le dire ma jeunesse, mon absence évidente de conscience de l'endroit dans lequel je me trouvais et des raisons, des forces sous-jacentes qui avaient pu me conduire ici.
Il m'expliqua que chaque dirigeant qui s'était emparé du pouvoir au sein de la République se devait de faire ses preuves, de montrer patte blanche et son adhésion aux mécanismes rigides et formels qui sous-tendaient l'exercice du pouvoir en provoquant lui-même sa crise qu'il aurait à gérer, sa guerre qu'il aurait à mener et encore d'autres évènements dont je devais avoir conscience ; qu'il aurait à les résoudre tant et si bien qu'elle lui permettrait d'asseoir son pouvoir auprès de ses pairs, de ses ennemis, des puissants et de la plèbe. En ce moment même se jouait une issue qui pouvait remettre en cause l'actuel dirigeant et c'était l'objet de cet houle qui soufflait dans l'assemblée.
Je lui répondais en conséquence, m'efforçant de lui démontrer que je n'étais pas étrangère à ces jeux, non plus qu'à ses enjeux, que je pouvais les saisir les comprendre, pour les avoir déjà envisagés, sans même y avoir déjà été confrontée.
Il sembla satisfait, me laissa deviner un certain amusement devant ma jeunesse, ma fraîcheur, sembla apprécier ma prudence là où d'autres se comportaient comme de jeunes loups imprudents, avides au point de convoiter trop tôt un pouvoir qui ne leur revenait, à s'exprimer avec trop d'impétuosité, trop d'imprudence et d'impudence révélant par là même leur faiblesse qui ferait d'eux les proies faciles d'autres prédateurs bien plus expérimentés.
Sans rien en dire, il prit un temps pour aller regarder par la fenêtre une scène se déroulant dans la rue. Scène d'une vie ordinaire, des gens simples vaquant dans les rues convaincus de vivre là dans un espace de liberté.
Ce silence qu'il s'imposait me laissa la possibilité de formuler une question, une seule. Je mis toute mon énergie pour atteindre toute la pertinence dont j'étais capable et finis par le questionner :
" - Je me demandais si il était déjà arrivé que cette organisation fut mise à mal, qu'on en mis en évidence la faiblesse intrinsèque au delà de l'usure et de la corruptibilité de ses rouages..."
Il me regarda, sans grande surprise, laissant néanmoins paraître un peu de déception dans son attitude. Je me repris aussitôt et ne pu m'empêcher d'ajouter : "N'y voyez pas de la naïveté, je suis tout à fait lucide et j'ai bien conscience que..."
Un fugace sourire fila sur ses lèvres, ses yeux un instant se firent rieurs devant cette soudaine manifestation de toute mon imperfection, de toute l'ignorance de ma jeunesse, de ma volonté de bien être, de bien faire. Je venais de tellement lui offrir par cet élan... d'une façon inattendue je lui avais plu et l'avait convaincu.
Il me fixa de son intense regard et d'un furtif mouvement de la tête, il m'intima le silence. Il parcouru rapidement les murs puis, reportant son attention sur moi, il me tendit la main me signifiant par là que l'entretien si agréable fut-il venait de toucher à sa fin et me dit sur un ton qui ne souffrit d'aucun doute ni ne permit aucune remise en question :
"- Non. Jamais cela n'est arrivé et jamais cela n'arrivera. Cela ne peut être."
Je m'inclinais et lui serrai la main, je sentis un petit morceau de papier glissant de la sienne à la mienne.
Je compris que les murs avaient des oreilles, que nous étions épiés, écoutés et que chacune de nos paroles, chacun de nos gestes seraient décryptés et qu'il ne faudrait laisser aucune place à l'erreur, aucune marge d'interprétation, rien qui ne pourrait révéler quoi que ce fut à l'Oeil Implacable.
Je commençais à m'éloigner de lui. Une voix qui m'appelait :
"- Mademoiselle ? Mademoiselle..."

Le grand flou de l'entre deux mondes dura encore alors que la voix m'appelait, m'arrachant, m'entrainant inexorablement loin du Chant des Rêves.
Je me réveillai.

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Dim Juil 19, 2015 12:03 pm 
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éclat de voix - Soeur Ventine

- "Mademoiselle ? Mademoiselle..."
Il y avait dans cette voix autant de douceur que de fermeté. Celle de Soeur Ventine qui, jour après jour, depuis maintenant au moins une lune, m'avait lentement ramenée à ce monde que j'aurais pourtant bien aimé une bonne fois pour toute avoir quitté.
Pendant longtemps, j'étais restée prostrée, incapable de supporter la moindre présence, moins encore l'indispensable contact nécessaire pour les soins que les soeurs me prodiguèrent durant tout ce temps.
Peu à peu le sifflement continu de la meurtrissure de ma chair diminua jusqu'à devenir si ténu que je finis par pouvoir le supporter. Enfermée dans mon espace intérieur, territoire de sombres cauchemars que je revivais, telle une recluse condamnée à perpétuité, seule dans une étroite cellule froide, empreinte d'humidité et d'une pestilentielle odeur d'urine, de fèces et de tous ces résidus moites et malodorants issus de la moisissure et de la décomposition des corps, de mon corps.
Chaque sommeil allait immanquablement s'échouer dans le ressac de mon âme, tel un esquif projeté sur la roche par les flots impétueux, comme une coque de noix éclatée entre deux roches aux angles aigus. Et je me réveillai, en nage, terrifiée, hurlant comme une démente. Totalement incapable de contrôler ma terreur, je rampais dans un coin de ma cellule où je me tenais genoux contre ma poitrine, bras enlacés autour des genoux, la tête plongée dans le creux ainsi formé, comme pour me protéger. Me protéger de quoi ? Il n'y avait rien, rien que des ombres mouvantes au gré des flammes de la torche qu'elles avaient pris soin de laisser allumée, nuit et jour, afin de calmer mes angoisses.
Sans soeur Ventine, j'aurais à nouveau sombré dans la folie, irrémédiablement. Comme autrefois c'est elle qui prit le temps, qui eut cette lueur d'esprit de me traiter comme un animal blessé. C'est elle qui peu à peu à force de persévérance, réussit à retrouver la porte et entrer dans la cage folle dans laquelle je m'étais cloitrée.
Dans un premier temps, refusant tout soin, tout contact, toute nourriture, elles avaient du me ligoter, me bâillonner aussi afin que je cesse de me faire du mal, afin de ne plus avoir à supporter mes hurlements.
Les soins aidant, je m'étais peu à peu apaisée. Des liens s'étaient dénoués, d'autres se nouèrent lorsqu'au terme d'une de mes crises soeur Ventine prit sur elle de me prendre dans ses bras et de me bercer lentement en me murmurant un chant doux et tendre qui me ramena droit dans mon enfance, en ce temps béni d'autrefois où je vivais à Raguse.

Je devais avoir 5 ans 6 ans à peine, à cette époque et le soir ou la nuit, mère venait faire taire mes nocturnes terreurs par ses chants, ces berceuses d'autrefois. De celles qu'elle-même avait apprises lorsqu'elle oeuvrait parmi les fidèles de Notre-Dame, une ode à son nom :
"- J'aimerais quelque part un peu où bon leur semble
Trouver sous quelques mots , quelques notes ensembles
Tu sais,
Une chanson qui te ressemblerait...
Une chanson qui te ressemblerait...

J'aimerais quelque part comme en terre à ta demande
Bâtir de quelques pierres un château de légende
Tu sais,
Une maison qui te ressemblerait...
Une maison qui te ressemblerait...

Mais il faudrait d'abord pour à chaque seconde
Guider tes premier pas , dans ce mal foutu monde
Tu sais,
Une maman qui te ressemblerait...
Une maman qui te ressemblerait...
"

Alors je m'endormais au creux de son girond. Et elle restait là longtemps à me caresser les cheveux et me murmurant ds paroles douces, des mots délicats, de ceux qui reposent l'âme, de ceux qui illuminent les coeurs.

C'est ainsi que petit à petit, je revins du tréfonds des ténèbres et que pour la toute première fois depuis... depuis si longtemps -une éternité dans ce temps de l'indicible où chaque seconde est une longue souffrance- je me réveillais allongée ce lit, reposée et la conscience presque tranquille.

" - Mademoiselle ? mademoiselle... Shoena. Bonjour, belle fleur. Il semble que tu aies bien dormi cette nuit. J'en suis ravie, vraiment. Tu es reposée ?"
J'acquiesçai simplement encore à moitié perdue entre cet étrange songe et cette troublante réalité, incapable encore de vraiment distinguer l'une de l'autre.
Je la regardai alors qu'elle m'observait longuement comme chaque jour afin de déterminer mon état du moment.
"- Fort bien. Nous allons essayer de nous lever aujourd'hui en ce cas et de marcher un peu. D'accord ? Juste quelques pas dans la cellule et, si tu te sens prête, Souci, nous irons en dehors de la chambre, faire un petit tour et qui sait d'ici quelques jours... peut-être pourrons-nous nous rendre dehors."
J'opinai et la regardai alors qu'elle me souriait avec toute la chaleur et la bonté qui étaient siennes. Belle fleur, souci, calendula, j'aimais assez les petits noms dont elle m'affublait, ils avaient quelque chose de rassurant, créaient une intimité comme si nous étions familières de longue date. Je tentais de lui rendre un mince sourire. Pour la première fois, je ne sentais plus le pincement de mes joues tuméfiées. J'étais presque bien.
"- Mais n'anticipons pas. Chaque chose en son temps. Je t'ai apporté de quoi manger. Ensuite nous t'habillerons. tu te sens capable de manger seule ce matin ?"
Elle me tendit une écuelle légèrement fumante de cette soupe qu'elle m'apportait chaque matin et un quignon de pain. Je tendais la main pour la prendre, l'ouvris et c'est là que je vis, le morceau de papier déchiré, celui-là même que mon visiteur nocturne m'avait glissé. Alors je me figeai, l'effroi s'empara à nouveau de moi et je me mis à hurler, hurler encore... comme si ma vie ne se résumait plus désormais qu'à ce CRI !

Me réveillerai-je un jour ?

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Mer Août 19, 2015 5:00 pm 
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éclat de voix - Ornella

Lorsque j'ai quitté le temple, je me suis bel et bien retrouvée seule, pour de bon. A la rue sans un sou vaillant en poche ni quoi que ce soit d'autre que mes vêtements sur la peau.
Sortir signifiait que j'étais guérie, que j'étais libre enfin. De nouveau sur pied, de nouveau capable d'affronter la vie... Vraiment ? Je ne le saurais jamais je le crains. A mesure que j'errai au hasard des rues, je découvrais Sarmath, je voyais tout le rebut, tous les déchets de ce que notre monde est devenu s'entasser dans les rues sales, grouillantes d'une foule toute occupée à assurer sa survie en travaillant en s'escrimant durement à la tâche ou bien à trafiquer, se masquer, se terrer dans les ombres, aux coins des rues. La plupart indifférents à l'autre et les autres à l'affût : prédateurs et proies, victimes et bourreaux. Et pourquoi en aurait-il été autrement ? Chacun à penser à soi plutôt qu'à l'autre, soit. Quoi de plus normal ?
« - Fort heureusement pour toi qu'il existe aussi quelques sauveurs, ma fille... sans quoi tu serais morte ou pire à l'heure qu'il est...
- Moui, peut-être...»

Je répondais machinalement et regardais la ronde silhouette en robe de bure de Philippine me dépasser et se perdre dans les rues. J'empruntai le même chemin.
« -... Va savoir.»
Mes mots se perdirent dans le brouhaha de la foule des vivants.
Durant toutes ces années de détentions, j'avais appris à composer avec mes ombres. Ce fut une longue et douloureuse expérience que je m'efforçais désormais d'occulter. Les sévices, les drogues et tout le reste... Trop de douleur, de frustration, de souffrance. Des souvenirs inutiles désormais, il fallait que je survive, que je me tienne debout, que je sois forte. C'est tout ce qui comptait, c'est tout ce qui compte encore.
Et puis la béance de ma mémoire était telle qu'elle se faisait gouffre obscur alors que la réalité se mélangeait à mes fantasmes pour composer des scènes fantasmatiques qui occupaient la plupart de mes nuits agitées... quand elle ne venaient pas s'imposer durant mes journées. Peu importe, désormais je ne luttais plus et acceptais cet état de fait, en silence. Il m'arrivait encore parfois de leur répondre à voix haute mais dans l'ensemble j'avais appris à me taire, ou plutôt à les taire car il s'agissait avant tout que les autres ne s'en aperçoivent pas...
En même temps, en cette heure une soliloque errante de plus ou de moins n'aurait pas vraiment attiré l'attention plus que ça, tant les désoeuvrés pullulaient.

J’étais tellement absorbée dans mes pensées que j’ai failli marcher sur la fille.
« Désolée, je ne t'avais pas vue. »
Je m'excusai, lui jetai un vague regard et reprenais mon chemin. Ce n'est qu'au bout de quelques pas que l'impression de déjà vu s'empara de moi. Je me retournai et la fixai un moment. Nos regards se croisèrent, ses yeux se plissèrent un instant et elle murmura :
« Shoe...na ? »
J'ouvrai grand les yeux. Je compris à son expression qu'à peine la question avait franchi ses lèvres, elle la regrettait déjà : « Ce doit être une erreur. Je t'ai confondue... » Elle détourna vivement le regard.
J'observais l'endroit essayant de comprendre, de saisir ce que mon esprit agité par des vents contraires essayait tout à la fois de garder endormi et de réveiller.
Une toute petite place dominée par une grande bâtisse à l'enseigne du Satin rouge. Elle qui se tient là, sa chemise à demi ouverte sur ses seins, affublée d’une jupe qui montre plus qu’elle ne cache, à deux mètres d’un alignement de filles pareillement peu vêtues, la question ne se posait pas vraiment quant à son activité.
Mais qui ? Et comment me connaîtrait-elle ?
Puis la lumière se fit : Ornella ! Elle avait donc survécu à notre marche effroyable qui nous mena de Raguse à Luminis.
Ornella, la jolie hautaine de la bonne société de Raguse.
Ornella pour qui rien ni personne n’avait jamais été assez beau ou convenable.
Ornella qui autrefois par la contemplation obstinée de ses ongles et ses soupirs poussés par intermittence, sa bouche pincée et ses regards offensés, faisait savoir que le monde entier s’était conjuré pour faire de sa vie un enfer.
Ornella que j’ai tant vu souffrir et pleurer.
Au cours de notre périple, quand il n’y eu plus d’autre loi que celle des plus forts et que la mince cloison qui sépare l’homme de la bête s’évapora dans le chaos qui nous entourait, quand toute idée de hiérarchie sociale fut remplacée par le fait de posséder une arme et de savoir s’en servir, elle fut parmi les premières a été violée.
Pauvre fille, dire que je me suis presque réjouie de voir cette pimbêche de la haute être la proie des désirs bestiaux de six hommes au moins. Soulagée à tout le moins que ce soit elle plutôt que moi.
Il en fut pourtant un pour lui porter secours : son marmot de frère, un gamin d'une petite dizaine d'années. Il avait couru au secours de sa sœur et cogné autant qu'il pouvait un des hommes de ses petits poings. J'avais souri jusqu'à ce qu'une des brutes se retourne et le tue froidement d’un coup de couteau, comme on se débarrasse d'un insecte. Alors toute l'horreur de la situation m'était revenue comme après avoir reçu une gifle...
Je le revois là encore s'éteindre les yeux grands ouverts sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait. Mathéo, je crois... Je vois le visage du petit mort se superposer sur celui d'un enfant jouant sur la place... Mon esprit tourbillonne, je commence à trembler. Je sens que je viens d'ouvrir une porte que j'aurais dû laisser close. Mathéo ? Non ce n'est pas Matheo, c'est... c'est... un autre visage, plus jeune, une autre tignasse, rousse celle-là. Je l'entrevois qui file à l'angle de la maison d'en face. Un autre nom... mais qui ? Un douleur surgit de mes entrailles et me noue. Mon souffle se fait court, haletant. Je chancèle et le monde devient confus et je m'absente.

Lorsque j'ai repris mes esprits, Ornella tenait une de mes mains dans les miennes. Nous avons continué ainsi quelques temps à nous regarder en silence. Nous nous sommes reconnues. Je n'avais pas envisagé de croiser un des survivants de notre aventure. L'aurais-je fait que j'aurais décidé de détourner promptement les yeux pour ne pas avoir à me remémorer certaines choses : je n'ai jamais rien gagné à fouiller cette fange. La réalité me rappelle à elle une fois encore. C'est sans surprise mais tellement douloureux. J'aurais préféré ne jamais me souvenir de ce visage...
« Je…je suis seule Ornella. Ne me laisse pas. J'ai besoin d'aide.»
Ses yeux me fixent un moment, s’embuent, se détournent un instant. Les dents serrées, elle me fixe et hoche la tête en silence. Elle le fera.

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Lun Sep 07, 2015 4:28 pm 
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Fragments de rêves II


« Maman...? Dis maman, c'est quand qu'on va sortir.
- Je ne sais pas mon coeur, je te l'ai déjà dit.
- Maman ?...
- Oui mon coeur.
- C'est comment dehors ? ça existe vraiment ?
- Oui, oui. Nous en avons déjà parlé.
- Racontes-moi maman. Raconte-moi encore...
»

Je regarde la silhouette trouble de l'enfant assise sur une chaise. J'observe tignasse rousse toute emmêlée alors qu'elle dessine sur une des feuilles posées sur la table. Ses gestes sont lents méthodique alors qu'elle tente d'illustrer les descriptions d'être, de lieux ou d'objets fruits métissés de son imagination et de mes récits, de mes descriptions. Mon regard s'attarde sur ces créatures à la fois simples et grotesques couchées sur le papier, sur ces décors irréalistes sans taille ni proportion, dans lesquels apparaissent des objets à la fois irréels et pourtant familiers. Elle n'a de mémoire, d'yeux que ce que j'ai pu au fil des récits et des chants lui transmettre. A la fois tant et si peu...Je saisi le peigne de bois dont je me sers pour démêler ses cheveux. Elle remue légèrement la tête agacée et gémit légèrement :
« Naann...Maman... Pas maintenant. Zj'aime pas ça... aïe, tu fais mal. Arrête.
- Allons. Allons tu sais bien qu'il faut le faire. Tu pleures avant même d'avoir mal.
- Zje pleure pas et tu fais vraiment mal !- Mais non regarde, je tiens fort la mèche pour pas que ça tire sur ton crâne.
- Mais ça tiire....
- Mais non, mais non... si tu gigotais un peu moins aussi...
- Zje Zigote pas. Zj'suis pas un Zigot.
- On ne dit pas un Zigot mais un gigot. Et ça n'a rien à voir avec le fait de gigoter.
- C'est quoi Un Zgi..zgi..gggi-got ?
- Un gigot oui. C'est un morceau de viande, la cuisse d'un animal qu'on a tué pour le manger.
- Ksss... on en a du zg..gigot des fois ?
- Je ne sais pas mon coeur. Il ne vaut peut-être mieux pas savoir ce qu'il y a dans nos écuelles. Et toi tu n'es pas un gigot, tu gigotes, ça veut dire que tu remues sans cesse comme si tu dansais la gigue.
- C'est quoi la zgigue ?- C'est une danse.
- Alors ça se mange pas.
- Non... enfin si quand c'est une gigue de chevreuil, ça se mange.
- Une zgigue de chevreuil ? C'est quoi un chevreuil ?
- Un animal.
- Un animal qui danse ?
- Non un animal qui se mange.
- Alors ça se mange la gigue...
- Oui mais pas celle qui se danse, pas celle qui se gigote.
- Hà.
Elle laisse passer un long moment, puis revient à la charge
- ça zgigote pas un chevreuil ?
»
Je pouffe. Elle se retourne et me regarde à la fois intriguée et amusée de me voir rire ainsi. Je regarde son visage, sa peau écailleuse, ses grands yeux à l'iris fendu s'étendre alors que ses yeux quittent l'éclat de la bougie. Je la trouve belle malgré sa différence. Le reflet chamarré de la lumière se disperse en une myriade de nuances qui colorent son visage. Elle me ressemble.. un peu. Elle est grande, si grande. Plus encore que je ne l'étais à son âge. Et pourtant je l'étais déjà bien plus que la plupart des autres enfants de Raguse.Sa silhouette est longiligne, plus fine que la mienne. Une grande gigue elle aussi...
Il faut dire qu'elle ne sort pas, ne fait pas d'exercice, alors que moi... moi... je courrais les rues, j'errai au abord du village, je me baignais dans la rivière, j'aidais père à la forge, mère aux tâches quotidiennes. Et dire que je trouvais encore à m'en plaindre. Tant de choses que j'avais détesté faire autrefois et que je me remémore désormais avec cette lancinante peine que l'on ressent lorsqu'on sait qu'on ne retrouvera jamais plus un des ces moments précis qui furent de ceux qui ont constitué la trame de notre bonheur. Comme une étoffe limé, usée ou déchirée par endroit et qui ne retrouvera plus jamais son état initial, celui qui nous a fait vouloir s'en vêtir et d'elle parée, voulu se mirer.Elle tire sur ma robe pour me rappeler à son attention. Je sors de ma rêverie et l'observe à nouveau. J'ai fini avec le temps par apprécier ce que dans d'autres circonstances j'aurais sans hésité qualifié de monstruosité. Je lui souris, prise d'un élan de tendresse. Elle le remarque, le lit en moi, sur mes traits. Elle sait, se lève et vient à moi pour m'étreindre. Je la prends dans mes bras, lui caresse longuement le crâne.

« Maman...? Dis maman, c'est quand qu'on va sortir ?
- Je ne sais pas mon coeur, je te l'ai déjà dit. Un jour, bientôt, tu verras.
- Tu dis toujours zça..
- Je sais. Je sais...
»
Je soupire légèrement, porte ma main à son menton et relève sa tête pour fixer son regard.
« Tu sais le monde de dehors, ce n'est pas... plus... tout à changé. Il était beau avant, autrefois, il y a longtemps. Et puis il y a eu cette chose terrible... Et depuis, plus rien n'est beau. Ni personne.»

Elle me regarde incertaine et affirme sans hésiter :
« Szi. Toi, tu es belle.
- Toi aussi, tu es belle, mon amour, si belle...
»
Alors que je lui réponds, je ressens comme un trouble. Si elle savait... Je m'imagine un instant quelle serait sa vie dehors. Moquée, rejetée, traquée, peut-être pire encore. Un indicible sentiment de colère et d'horreur monte en moi... Mieux vaut-il qu'elle ne sache jamais en fait. Ni pour elle, ni pour moi. La beauté est vraiment subjective. Je lui demande à brûle-pourpoint :

« ça te dit que je te montre comment se danse une gigue ?
- Oh oui maman, oh oui... on danzse ! On danzse !
»
Elle me réponds sur un ton très excité. Je lui saisis les mains et entonne un chant :
La gigue du loup (Mod.) ou La gigue du Loup (Trad.)

« Prends garde au loup, bergère,
Prends garde au loup.
Il est au bois qui regarde, qui regarde,
Il est au bois qui regarde tes moutons.

Veilles-y bien bergère,
Veilles-y bien.
Il faut veiller mieux que lui, bergère veille,
Il est au bois qui regarde tes moutons.
Prends garde au loup, biquette,
Prends garde au loup.
Il est au pré qui regarde, qui regarde,
Il est au pré qui regarde tes chevreaux.

Veilles-y bien biquette,
Veilles-y bien.
Il faut veiller mieux que lui, biquette veille,
Il est au pré qui regarde tes chevreaux.
Prends garde au loup, fermière,
Prends garde au loup.
Il est là-bas qui regarde, qui regarde,
Il est là-bas qui regarde tes cochons.

Veilles-y bien fermière,
Veilles-y bien.
Il faut veiller mieux que lui, fermière veille,
Il est là-bas qui regarde tes cochons.
Prends garde au loup, fillette,
Prends garde au loup.
Il est par là qui regarde, qui regarde,
Il est par là qui regarde ta maison.

Veilles-y bien fillette,
Veilles-y bien.
Il faut veiller mieux que lui, fillette veille,
Il est par là qui regarde ta maison.
Prends garde au loup, la mère,
Prends garde au loup.
Il est tout près qui regarde, qui regarde,
Il est tout près qui regarde tes enfants.

Veilles-y bien la mère,
Veilles-y bien.
Il faut veiller mieux que lui, la mère veille,
Il est tout près qui regarde tes enfants.
»

Alors qu'elle reprend en coeur le dernier couplet, nous tournons, tournons toutes deux libres dans notre petite cellule, vite, toujours plus vite, plus vite jusque l'ivresse... et le réveil.
Brutal, cruel et froid.

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Jeu Sep 10, 2015 11:24 am 
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éclats de voix - Gueule de bois

« C’est par la barbaque La seule barbaque Que l’on exprime Le Qu’on ne sait pas »
Antonin Artaud


Foutre d'orc ! Qu'est-ce que j'avais mal au crâne. Comme si de foutues pointes métalliques me vrillaient dans le crâne par les tempes. Une vague réminiscence des instants qui avaient suivi ma plongée sur le lit, de ce tourbillon d'ivresse, de cette spirale éthylique qui nous avait entrainées, ma couche et moi à tournoyer sans fin vers le plafond et bien bien au-delà !
Je fus prise d'une légère nausée alors que le mouvement s'était arrêté trop brusquement. Le souffle bloqué par une invisible pogne de géant qui m'aurait brusquement plaquée sur le matelas. Après quelques instant de confusion, je retrouvai assez de lucidité pour comprendre que j'étais dans un lit. A mes côtés une femme endormie. Je regardai la pièce et la mémoire me revint, par bribes. Ornella, le vin, l'ivresse. Les larmes me montèrent au yeux. était-ce la douleur ou bien le souvenir charrié par le sommeil ?
La nuit avait été courte. Le rêve impitoyable. Le réveil douloureux.
Après la fête, la défaite ! Les lèvres sèches, la bouche pâteuse, la langue bouffie me rappelaient déjà à l'exquise âpreté du vin. Il ne m'avait vraiment pas fallu longtemps pour retrouver le goût de l'extase que me procure le sang du corps divin. Et je m'y étais laissée aller sans même essayer de résister, simplement pour la douceur qu'elle me procurait, pour oublier peut-être oui, mais aussi et surtout pour retrouver un peu de ce que la vie peut encore nous offrir de plaisirs et de saveur. Tant qu'il en restait encore : je gage qu'il ne reste que peu de vignobles en ce bas monde. ça pour boire, je buvais. Beaucoup. Je mangeais peu comme beaucoup des filles du Satin, comme la plupart de la populace qui devait se contenter de ce que Luminis pouvait encore produire de bouffe. Bien peu. Je m'étonnai même qu'elle puisse nourrir encore tant de bouche. Encore un des nombreux mystères de la cité qu'il valait mieux ne pas chercher à résoudre.
Travailler ici n'était vraiment pas de tout repos. J'avais vraiment été à la peine à mes débuts : toute cette fichue captivité m'avait considérablement amoindrie. Un vrai légume, une vilaine asperge flasque et molle, voilà en quoi j'avais été transformée. Plus indigente encore que le Vilain Gnome des contes à faire peur aux enfants ! Nez crochu ! Je ne parle même pas de mon moral, fragile esquif balloté au gré de ces humeurs, vagues soumises au flux et reflux des marées, surface océane en proie aux esprits contraires des vents volages et aux courants cachés des ondines aquatiques, alternant creux et crêtes...
Le ballotement évoqué par mon imagination toujours trop fertile me précipita tant bien que mal hors du lit. Je titubai et plongeai jusque la cuvette posée à l'angle de la petite chambre. Tout ces remous achevèrent de me retourner l'estomac. A genoux sur le plancher, je soulevai le couvercle et me vidai de ces excédents acides et nauséabonds qui me brûlaient le ventre. Les relents du pot de chambre ne faisant qu'ajouter à la pestilence... Douce mère, quelle horreur... puisse l'oeil du Vigilant être tourné ailleurs et ne pas regarder ça.
Le gloussement de mon hôte de mauvaise fortune vint achever mon humiliation. Les plus grands moments de solitude sont rarement ceux où l'on se croit seule au monde, mais plutôt quand le monde qui nous entoure se rappelle à notre souvenir...
"- Dame Calendula, étoile montante du Satin nous présente son nouveau spectacle..."
Je l'écoutai sans relever. Je n'étais ni en état, ni en situation de faire autrement de toute façon.
"... tu ouvriras la fenêtre et nettoiera tout ça quand tu auras fini ton... ton.. ton tour de scène." De nouveau un petit rire moqueur qui s'acheva en un long bâillement. Bruissements de drap et bruit mat des pieds qui se posent sur le sol. Elle se leva, se dirigea vers la petite table, entreprenant sa longue toilette matinale. Un rituel méticuleux observé par toutes les filles du Satin. Incontournable, obligatoire. C'est un point sur lequel la Dame de Velours pouvait très très vite se fâcher : l'hygiène c'est ce qui faisait la différence entre les filles des bas-quartiers et les belles de la Maison Rouge. L'hygiène et la..qualité du service. Ici les hommes pouvaient tremper leur queue les yeux fermés ! Bien que pour des raisons évidentes ils devaient préférer le faire les yeux bien ouverts.
Filles de joie, entraîneuses, danseuses ou serveuses, qu'importe. Dame Lil'Han exigeait de chacune d'entre nous le meilleur. En contre partie, elle savait se montrer généreuse, à un point que je n'imaginais même pas encore. Pour l'heure ce qui m'importait c'était le gîte, le couvert et surtout la sécurité. Sécurité assurée par les gars du Klan, bien entendu. Un accord mutuellement profitable...
Je couvrais le pot et m'adossai au mur. Ornella et moi échangeâmes un regard, un sourire au travers du miroir. Elle saisit une longue pièce de lin et me la jeta négligemment d'un revers de main.
" - Dépêche-toi, Shoena. La Dame n'apprécie pas qu'on traîne au plumard. Je ne sais pas depuis combien de temps le jour est là, trop longtemps m'est avis. Il fait quel temps dehors ? J'ai mal au ventre tellement j'ai faim. Tu crois que tu auras le temps de nous dénicher quelque chose à manger ? Je te laisserai quelques pièces avant de partir. Penses à bien tout nettoyer, préparer le lit, remplir les pichets et le bac, mettre du linge propre et descendre le sale. J'ai pris un peu de poids, non ? Tu n'as pas vu mes...."
Je décrochais et me contentais de l'observer se laver, s'habiller, s'apprêter, se maquiller, se parer en silence. Après six longues années à tapiner ici, Ornella avait réussi à se hisser jusqu'aux portes du Satin. Je regardais sa silhouette fine, sa poitrine encore ferme et ses formes affirmées qui lui avaient toujours valu le regard concupiscent des hommes. Même ses hanches un brin trop généreuses en regard du reste de son corps attiraient les regards. Son corps avait tenu la promesse faite par l'enfant et l'adolescente qu'elle avait été. Elle était désormais un belle femme, très belle même. Pas assez cependant pour rejoindre le saint des saints, le sanctuaire de velours. Elle le savait et pourtant elle continuait de lutter jour après jour à se parer de tous ses atours dans l'espoir qu'un jour...
Mais la concurrence était rude, très rude et son âge qui faisait pourtant sa force lui était aussi faiblesse alors que la clientèle se tournait vers des filles plus jeunes. De plus en plus jeunes d'ailleurs. Foutus pervers dégueulasses ! Et ça ne s'améliorait pas avec le temps. Toutes les filles le disaient : les clients étaient de plus en plus demandeurs de chair fraîche. Fort heureusement, le Satin Rouge résistait autant que faire se peut. Cela demandait d'autant plus d'efforts sur la qualité, sur la présentation aussi : les filles usaient de tous les artifices pour tenter de se rajeunir. Tout ceci n'augurait rien de bon et exposait les plus jeunes à se retrouver prisonnières de "protecteurs" bien moins délicats. Sans parler de la pression du Klan qui voyait là un marché lui filer entre les pattes et surtout des réseaux, des concurrents se placer... Bref, tout un fichu bazar dont je ne commençais qu'à entrevoir la complexité.
Après qu'elle m'ait lancé un long regard de reproche, je me décidai à sortir un peu de ma rêverie et de vaquer. C'était notre accord : pour le gîte et du couvert qu'elle m'offrait, je devais m'occuper des tâches et corvées quotidiennes. C'était à la fois peu et beaucoup : peu de tâches au final mais beaucoup de temps. Un temps qu'elle pouvait employer avantageusement à ramener plus de clients.Jusqu'au jour où je pourrais lui rendre la pareille.
Pour ma part, il n'était pas question que je rejoigne les filles de joie : l'idée même qu'un homme porte ses mains sur moi m'était devenue totalement insupportable. Je m'y étais essayée pourtant : ma comparse avait pris sur elle un soir que nous travaillions à deux, mais l'expérience avait été un véritable fiasco. Après avoir un moment hésité, elle avait décidé d'en toucher deux mots à Dame Lil'han. J'avais bien conscience qu'elle prenait le risque de lui présenter une fille dont elle connaissait bien des travers et faiblesses et pour laquelle elle devait avoir une confiance plus que limitée, quasi nulle même. Normal, je ne lui en aurais pas accordé une once si les rôles avaient été inversés. Pas sûre même que je l'aurais aidée...
Toujours est-il que La Dame avait pris le temps de discuter, de me jauger et avait décidé de me prendre à l'essai avec les danseuses après que je me sois un peu remplumée. Autant dire que j'ai saisi cette chance à bras le corps et m'en suis emparée. C'est d'ailleurs en cela que mes corvées me prenaient beaucoup de temps, car je devais m'entraîner tout le temps et plus encore. Lors des premiers essais, j'ai cru que jamais je ne serai gardée. J'étais loin d'être la plus souple, la plus gracieuse dans les "prouesses" de danse qu'offrait la maison à ses clients. Je ne l'avais jamais été au demeurant. Sang de Braj ! J'étais grande, puissante, endurante à l'effort... ou du moins je l'avais été. Si je n'avais pas tant perdu de ma beauté, pour le reste je n'étais plus qu'une... une asperge flasque et molle oui !
Alors je courrai partout de droite et de gauche m'éreintant aux tâches quotidiennes, enchaînant les séances d'entrainement. J'avais même obtenu du forgeron de la place du marché qu'il accepte que je vienne travailler une ou deux heures par jour, selon mes possibilités. Un accord dont je ne sais si je l'avais obtenu parce que je connaissais un peu le métier ou bien pour le plaisir d'avoir ce joli morceau de barbaque battre le fer, suant à en faire coller les tissus sur son corps généreux. Allez savoir... les employés et la clientèle généralement très masculine de l'endroit avaient l'air d'apprécier en tout cas... Père et mère auraient été fort surpris de voir si vaillante à la tâche celle qui durant ces jeunes années avait toujours voulu préférer les escapades et les rêveries aux exigences du labeur.
Ils auraient été encore plus étonnés de me voir me livrer, dansant à corps perdu au regard des hommes dans une maison close d'un des bas-quartier de Luminis. Haa Sarmath, Sarmath et ses triplettes... de celle à diriger le Klan, à celles qui tenaient le quartier sous sa coupe : Klan, Sororité, Triade. Tout avait l'air d'aller par trois. Pour le meilleur comme pour le pire, ad nauseam.
La mienne s'éloignant, je me plantai à mon tour devant le miroir et entamais une rapide toilette.
"- Ce qui m'étonne le plus encore, c'est que mon bébé, ma fille soit encore là, belle et bien vivante après tout ce qui s'est passé,...'
Prise d'un léger sursaut, je lançai un regard furtif dans le reflet des ombres à la recherche d'un visage familier.
"- ça va aller, rouquemoute ?", n'attendant pas ma réponse, ignorant celle que lui jetai mon regard mauvais, Ornella claqua plusieurs fois des mains comme pour me réveiller.
"- Allez, allez, la gigue... arrête de lambiner. J'y vais : il faut que tout soit prêt d'ici ma première visite."
Elle plongea un instant son regard dans le mien pour s'assurer que j'étais bien présente, me déposa une bise et fila en me lançant un dernier mot d'encouragement.

Mais je n'y étais pas vraiment. Mes pensées étaient ailleurs : retour amer à la danse, à la grande gigue...
" - Comme j'aurais souhaité ne jamais l'avoir mise au monde. Oh comme j'aurais voulu lui épargner tout cette merde, cette saleté de monde. Ô dieux c'est horrible, comment puis-je penser cela ? Mon bébé, mon bébé... où est-elle ? Qu'ont-ils fait d'elle ?"
Mère glissa hors des ombres et vint se placer dans mon dos. Je caressai doucement de la joue la main qui se posa sur mon épaule :
" - Dis maman, tu crois que je la reverrai un jour ?
- Chttt... Laisse du temps au temps, mon coeur. Certaines choses finissent par s'apaiser.
- D'autres pas...
- D'autres pas.
"
Ses doigts plongèrent lentement dans ma longue tignasse emmêlée qu'elle avait si souvent, si patiemment coiffée autrefois. Elle me massa délicatement la peau au-dessus de l'oreille. Je soupirai et m'abandonnais un moment à 'instant présent.

Je loue cet exil de mon âme en ces régions de la folie qui, parfois, m'accorde l'oubli des uns et le souvenirs des autres.
Parfois seulement.

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Dim Sep 20, 2015 8:54 pm 
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éclats de voix - Sex, drogue et... Ultima Ratio
(ici pour l'album complet)

Je chantais. Je dansais. Je vivais par la Chair et pour la Chair. Celle que j'exhibais devant un public chaque jour un peu plus conquis. J'exultais, j'exprimais, j'expulsais même le flot souterrain de eaux profondes, noires émotions, sentiments, rivière trouble de ma vie qui jaillissait par l'onde claire de ma voix et se rependait parmi le public du Satin. Contraste saisissant qui échappait pourtant à tous ceux -et aux quelques celles- qui venaient ici, me voir, ou tombaient, par hasard sur mon spectacle. J'avais découvert que le Satin Rouge avait toujours eu cette particularité de produire des artistes un peu hors norme. Toutes celles - et les quelques ceux- qui s'y produisaient étaient invitée à faire preuve d'audace afin d'appâter le client, de le travailler pour enfin le ferrer et le vider comme on vide un poisson. sans les tripailles à l'air... en principe. Bien ou mal remplie, il fallait soutirer à sa bourse le plus possible. Au sens propre comme au figuré : la pécune ou la semence, mais pas trop : il fallait qu"il puisse revenir.
D'aucuns bon bourgeois bien-pensants, nobles de naissance ou de principe diraient que c'est vulgaire. Et ils n'auraient pas forcément tord, dans le fond. Mais justement dans le fond du trou nous y étions. Là aussi au sens propre comme au figuré et ceux de la Haute, il pouvaient toujours la ramener, vu de la haut. Je les avais vus moi, tous ces gens fiers, bardés de leur beaux principes et en tout temps, en tout lieu de ma fichue existence, tous, les uns après les autres, avaient troqué leur belle vertu pour le sexe, la drogue et quelques autres plaisirs, ou paradis plus ou moins artificiels que leur promettait leur fichu fortune, titre, dieu ou quelconque. Ou tout simplement pour la survie. Quelle que soit notre naissance la mort reste notre dernier salaire. Oh je ne dis pas que certains ne furent pas sincères, qu'ils s'illusionnèrent ou qu'ils firent preuve de leur belle Foi. Mais ils furent l'exception qui confirmât cette règle : nous sommes tous le vulgaire, l'expression même de la turpitude d'un monde pourri, à l'agonie, dont le moindre pore suinte l'odeur de merde, de pourriture et de pestilence. Tous des macchabées en puissance qui continuent de se jauger, de se sentir le cul, de se juger les uns les autres et de se demander qui de lui ou de l'autre la lui mettra bien profond.
Tout ceci n'était que sexe et mort. Personne pour relever le lot... ou si peu qu'ils en étaient risibles. Dans tous les cas pas moi. Mieux valait-il qu'ils se sacrifient pour moi plutôt que moi pour eux.
Pour ma part ma drogue c'était le vin, mon plaisir l'ivresse. Celle qui me conduisait à cette petite mort qu'est l'oubli. Oubli de soi, oubli des autres. Loin des morts et vivants qui ont croisé ma route pour le meilleur parfois, le plus souvent pour le pire.
Une autre issue était le Chant et la danse au travers desquels je pouvais atteindre une sorte de transe comme le point de jonction,, le noeud que formerait les différents fils essentiels de mon âme : Entre Vie et mort, rêve et réalité, plaisir et souffrance, et d'autres encore. Vulgairement oui, c'était de l'art. Point. Je laissais -et laisse encore !- aux grands esprits d'Epistas et d'ailleurs, les débats sans intérêt sur la nature véritable de l'Amour, de l'art. Moi je donnais le plus souvent dans le cochon, le genre gros porc ayant de la peine à se retenir de baver devant un con, un cul et deux bons gros nichons. Alors les belles idées Je m'en carrais, m'en branlais autant que je pouvais. Devant des spectateurs avinés, camés, fascinés, choqués, blasés et j'en passe des pires comme des meilleurs, tant qu'ils pouvaient m'offrir de quoi boire, manger et dormir en sécurité.
Au commencement, j'avais suivi strictement les consignes de Bérénice, notre exigeante chorégraphe dont talent n'avait d'égale que l'impétuosité. Autant le dire un fichu caractère qui n'avait rien à envier au mien, ou à celui de nombreuses autres filles de velours. ça, il en fallait pour diriger fortes têtes, grandes gueules ou becs acérés qui formaient notre basse-cour. Aguicher, attirer, faire croire à chaque spectateur par un regard, que ce geste, ce mouvement du corps s'adressait à lui, qu'il était unique et avait toute notre attention. Provoquer sans choquer. Ne pas aller trop loin pour ne pas risquer le rejet ou pire...l'agression. Cela arrivait, parfois. Mais pas si souvent : dans les locaux nous étions à l'abri, loin des dangers de la rue...
Puis Bérénice nous a quitté sur un coup de tête, une dispute idiote avec un client agité qu'elle a fait jeter... et qui l'a surinée un peu plus tard dans une ruelle. L'imbécile !
L'autre, on ne l'a jamais revu, et selon les gars du Klan, on ne le reverra jamais : il a... changé d'air.
Toujours est-il que la place s'est libérée et que personne ne l'a prise. Les unes se sont contentées de continuer dans le même esprit que celui donné par Bérénice et d'autres ont osé. Si j'en faisais bien évidemment partie, je ne prétendais pas pour autant prendre la place vacante. Loin s'en faut ! Je travaillais pour moi, pas pour les autres. Hors de question que je me cogne toute la volaille, les cancans, les chicanes, caprices et autres disputes. J'avais déjà bien assez à faire de ma cohorte d'esprits moqueurs à toujours vouloir me crêper le chignon, sans en plus me farcir ceux des autres.
J'avais préparé ça dans le secret de ma chambre. J'écrivais depuis quelques temps déjà : mes rêves, mes souvenirs, quelques chansons dont je me souvenais et même quelques compositions personnelles. Je peaufinais ma chorégraphie sous le regard tantôt amusé, tantôt surpris d'Ornella. Il m'arrivait même de saisir dans ses yeux une pointe de désir, dont je jouais avec une satisfaction affichée. J'avais essayé de partager un peu de mes compositions aussi,, mais elle avait vite décroché. Ce n'était pas son truc et elle était de plus en plus souvent perchée. Son exil à elle c'était la néraïne. Chacun son truc, je ne vais pas juger, je serais bien gonflée de le faire, mais bon... cela lui coûtait cher, de plus en plus cher et je voyais bien qu'elle s'épuisait par tous les bout, par tous les orifices aussi pour se payer ses doses. Et même de me le reprocher parfois. Tant et si bien que j'ai par me décider à la fermer et me préparer à me trouver une autre crèche. Un exploit inutile : Lorsque j'ai retrouvé son corps sans vie allongé sur le lit, je n'ai pas réagi. Je me suis assise à son côté, j'ai passé doucement les doigts dans ses cheveux de jais et lui ai chanté une berceuse. Puis je lui ai rendu le baiser de la Miséricorde et j'ai prié pour que la déesse prenne soin de son âme. C'est bien le moins que je pouvais faire. Ridicule, insignifiant probablement, mais qui s'en soucie ? Personne. Pas plus que quiconque se souviendra de son histoire, de son parcours. Elle sera oubliée, son souvenir comme son corps emporté par les gars, emmenée je ne sais où et ne souhaite pas vraiment le savoir : il en sera de même pour moi un jour. J'aimais bien Ornella, elle s'était montrée vraiment généreuse avec moi, mais elle était clairement sur une pente très glissante ces derniers temps, alors que je remontai la mienne du fond de mon gouffre. Désagréable constat que de voir celle qui m'a aidée à me hisser hors du trou, y plonger elle-même et de ne rien pouvoir y faire... peut-être était-ce de ma faute après tout... ce ne serait ni la première, ni la dernière fois que j'aurais semé le chaos autour de moi. J'avais un don pour ça et pour m'attirer les pires ennuis, un don que je n'ai hélas jamais perdu.
En même temps pour le coup, j'en usais pour d'autres fins : me faire remarquer, me placer, faire parler de moi et puis surtout continuer de vivre et de réveiller les petits appétits mesquins, les vils instincts, les pensées perverses des clients du Satin. Que chacun sache qui j'étais et ce dont j'étais capable et au travers de ça qu'ils sentent et ressentent tout ce que l'existence -aussi sordide soit-elle- peut encore nous offrir de sentiments et de sensations et d'instants présents. Toujours la même rengaine en somme, Shoena jusqu'au bout des ongles.
Ou plutôt Calendula, car je m'étais choisi un prénom pour la scène. Calendula, une jolie fleur des villes et des champs, le coeur noir, la corolle jaune orangée -blond ragusien comme on disait par chez moi quand j'étais petite pour nous rappeler nos origines lointaines-. Son petit nom à elle c'était le souci,, ce qui ne manquait jamais de me faire sourire quand on faisait appel à moi. Là encore, je m'y retrouvais plutôt bien. Pour ce qui est des nombreuses vertus qu'on lui prêtait par contre... en tout cas je n'avais pas celle de repousser les nuisibles.
Bien au contraire je devais les attirer, tous ces cafards répugnants dont je devais me nourrir pour pouvoir survivre. Je les regardais là me mater alors montais sur scène avec mes comparses, que j'avais eu bien du mal à convaincre de me suivre dans mon petit numéro.
C'est ainsi que pour cette première, je commençais à danser, offrant la longue ondulation de mon corps avenant. Rester sous tension. Ne pas la libérer brutalement. tout au contraire la diffuser. Vibrer doucement, répandre l'onde sensuelle lentement. Attirer les regards. J'offrais d'abord en offrant quelques moment privilégiés à mes habitués. Ce faisant, j'attirai l'attention des autres qui pouvaient observer leurs regards concupiscents, emplis d'attente, Ils savaient que ce n'étaient là que les préliminaires.
Alors je forçais l'attention de tous en criant, en hurlant :

"- Sexe !!!"

Les musiciens entamaient leur partition et moi la mienne...

Ma langue glissait lentement le long de mes lèvres
" - Mets ta langue ou tu sais
non ne t'arrête pas
continue de lécher...
"
à ma gauche arrivait un homme nu peint en rouge en dansant tel un daymon, "il" jouait avec un serpent posé sur ses épaules. Un sourire carnassier aux lèvres, je les caressais du bout d'une langue très suggestive.
" - en total don de toi même
fais monter l'excitation
pour l'amour et la haine
"

Un rictus aux lèvre, je plongeais une main entre mes cuisses alors que de l'autre je soulignais ma silhouette en mouvements
"- mets ta langue ou tu sais
non ne t'arrête pas
continue de lécher
"

à ma droite arrivait une femme en robe de la haute. "Elle" pleurait et gémissait.
" - que j'aime quand tu fais ça
en total soumission
"

Alors que j'adoptais des postures provocantes, à genou, à quatre pattes, tantôt la croupe offerte, tantôt le visage, la bouche ouverte de l'avant et revenant en un incessant va-et-vient.
"Lui" proposait le serpent à la femme,

"- en total don de toi même
fais monter l'excitation
pour l'amour et la haine
"
"Elle" le regardait, se détournait entre dégoût et fascination
Je me relevais, de nouveau prédatrice et dansais en me caressant. J'ondulais toujours au rythme de la musique, me claquais une fesse d'une main, la flattais doucement de l'autre.
"- ça fait du mal ça fait du bien
ça fait du mal ça fait du bien
"

Puis je reprenais les mouvements de langue enroulant le rond de ma bouche, puis autour d'un majeur.
"- Mets ta langue ou tu sais
plus profond que ça
"
Je refermais mes lèvres dessus et le glissais dans ma bouche, le tournais, le faisais aller et revenir de plus en plus loin profondément.
"- Continue de bouger
j'aime quand tu fais ça
en total soumission
"
Je dansais lascive, m'approchais d'un spectateur, me mettais de nouveau à quatre pattes devant lui et oscillais sur les bras d'avant en arrière.
"- En total don de toi même
fais monter l'excitation

"Lui" continuait inlassablement de la tenter de son corps de son reptile. "Elle" poussait des gémissements et des cris entre plaisir et souffrance.
Je revenais sur scène, naïve, presque infante, sortais le doigt de ma bouche et leur faisais un doigt d'honneur.
"- Pour l'amour et la haine"
De nouveau le sourire carnassier...
"Elle", à genou, se prenait la tête et pleurait, "Lui" continuait de la harceler.
Je dansais en me caressant....
"- ça fait du mal ça fait du bien"
Elle relevait la tête souriante. "Lui" tendait le serpent.
J'ondulais au rythme de la musique...
"' - ça fait du mal ça fait du bien"
Je glissais les mains entre mes jambes et me pressais le pubis...
De nouveau le sourire carnassier...
"Elle", à genou, se prenait la tête et pleurait, "Lui" continuait de la harceler.
Je dansais en me caressant....
"- ça fait du mal ça fait du bien"
"Elle" relevait la tête souriante. "Lui" tendait le serpent.
J'ondulais au rythme de la musique...
"' - ça fait du mal ça fait du bien"
J'ondulais toujours au rythme de la musique, me claquais une fesse d'une main, la flattais doucement de l'autre.
"Elle et "Lui" se retiraient chacun par un coin de la scène
"- ça fait du mal ça fait du bien"

J'étais Calendula, danseuse au Satin Rouge, soeur défroquée, prêtresse de nos âmes perdues ici-bas et je continuais d'offrir au Chant du Divin par ma voix, par mon corps toute la turpitude de Samarth, de Luminis et d'Elechos.

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Sam Sep 26, 2015 4:21 pm 
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Voilà le tableau...

"- Laaa salope... la salope... oh la saloope...
La salope... ho la salope... la saaaloope."
Daniel Gélin, La vie est un long fleuve tranquille

"- La salope. Mais quelle salope...", je n'en revenais toujours pas, tout simplement. Pourquoi elle plutôt qu'une autre ? Parmi toutes ses fichues bonnes femmes, parmi tous ces sales types, il avait fallu que ce soit elle, ELLE, qui s'en sorte. De toute cette maudite expédition, après tout ce que nous avions pu traverser les unes et les autres d'épreuves, de supplices, de sévices. Avant, pendant et après notre fuite de Raguse, le destin, le Corps-divin ou je ne sais quoi encore avait réussi à la garder en vie ? Non, ce n'était pas possible. Seule l'oeuvre des pires daymons avait pu accomplir ça ! Et encore, jamais ils n'auraient voulu coucher avec elle ! Combien d'âmes avait-elle vendues pour continuer de vivre sa petite, sordide et mesquine existence ? Allez savoir... Non, ce n'était pas possible ! Je n'en revenais définitivement pas. Ornella était défoncée lorsqu'elle m'avait annoncé ça, elle délirait. Ce n'était pas possible autrement. Elle ne pouvait pas être ainsi passée entre les gouttes et s'en être tout simplement sortie. Pire encore, s'en être bien sortie ! J'enrageai, je pestai :
"- Rhaaa.... " une folle envie de cracher, de jurer me tordit le ventre. tout envoyer balader et aller vérifier ça immédiatement.
- Et pourtant, c'est bien vrai, exactement comme je te l'ai dit. Elle est on ne peut plus vivante...
- C'est bon toi retournes à ta néraïne et laisse-moi tranquille. Je ne suis vraiment plus d'humeur. ça fait juste deux jours que je te pleure, Je viens de me faire souffler dans les bronches comme jamais par Erela Lil'han. Ta foutue faute, tout ça ! Ta putain de piqûre de trop, alors lâche-moi maintenant !
"
Je lançai un regard vénimeux à la silhouette fantomatique de ma défunte amie qui se tenait négligemment, à demi dénudée derrière Markus. Debout devant sa toile, pinceau dans une main, son éternel chapeau mou sur la tête, le peintre me regardait en lissant ses longues moustaches recourbées. Nos regards se croisèrent. Il toussota avant de me prendre à partie :
" - Aurliez-vous l'amabilité de m'accourder quelques minoutes dame Calendoula qué je pouisse terlminer votle poltrlait ? Enn faiteé jé viens à peyne dé commanncer."
Il y avait dans l'inclinaison de son crâne comme une interrogation muette, dans son regard un léger reproche, une pointe d'indignation dans la voix qu'un léger sourire atténuait.
Markus Csaba était bien connu pour son excentricité, son goût immodéré pour la bonne chair, la boisson, les cigares et... les femmes. Surtout les femmes. Il en peignait autant comme autant. Les murs du Satin était recouverts de ses nombreux portraits. Filles de velours d'hier et d'aujourd'hui, qu'elles furent danseuses, filles de joies ou des rues. Chacune ou presque avait droit à son tableau. Un arrangement entre lui et la Dame du Satin. Accommodement qui lui permettait de profiter plus souvent qu'à son tour des services de la maison. Je ne saurais dire avec combien d'entre elles il avait couché, mais monsieur Csaba était ce que l'on a coutume d'appeler, un bon client, un très bon client même. Il me reprit à nouveau :
"- DA.mé CalenDOU..la ! Pourliez-vous fairre oune potite effort yé vous prie. Merci. Et essayer dé ténir em placé !", il me sourit appuyant chacune de ses syllabes avec son fort accent de je ne sais où... un accent à la fois rugueux, un brin guttural et chantant, un peu comme celui de...de...Radko. Je fermais les yeux et soupirai longuement.
" - Soublissime Dame Erella m'avait prlévonou que vous êtes pas trlès sage. Vous nne ténez po em place. C'est diiffiiciile trlavailler ainnsi. Markus sait fairre avec les filles comme toi. J'ai l'habitoude. Mais toi oussi tou dois fairre oune effort. Tou es oune souperbe danseuse. Je t'ai vu sour scène. Tou es trlès, trlès apétissante, oui. Le feu intérieur, la flamme qui jaillit par tes zieux et tes cheveux fous. J'aime beaucoup ça. Markus a connou oune femme comme toi autrlefois, chez moi, dans moun ville. Trlès, trlès forte carractère. Houla oui... Sang dé Braj coume on dit par chez moi...."
Il était du genre à s'écouter parler autant que je m'écoutais penser. Autant dire qu'à nous deux nous allions au devant d'une longue journée de cacophonie solitaire... Ignorant sa conversation, je terminais mon verre de vin alors qu'il remettait des petits tas de couleur sur sa palette en bois. Je l'observais. Il était plutôt bel homme. Tout à fait mon genre en fait. Robuste, volontaire, affirmé avec en prime le talent et cette liberté de ton que lui offrait son talent d'artiste. En d'autres lieux, d'autres temps, je me serais très certainement intéressée à lui, et même plus encore. L'idée de me l'offrir ici et maintenant me traversa l'esprit. Des images me vinrent, je l'envisageai dans différentes situations. Cela faisait si longtemps que cela ne m'était pas arrivé que j'en fut surprise, un brin émoustillée même. Il dut le percevoir parce qu'il s'arrêta au beau milieu de sa tirade sur cette Alenka et sa... "dévourante arldeur et soun insatiablé dézir qui se lisait jousqu'au tréfound dé soun rlegard..." et de plonger le sien dans le mien,, espérant saisir les fantasmes enfouis qui tentaient tant de dilater mes pupilles et d'émerger à la surface de mes iris.
Malheureusement, cette chaleur ne dura point et céda la place aux vents glacés et putrides d'autres images. Celles auxquelles j'étais désormais confrontée. Ainsi le torride et musculeux moustachu se transforma en un immonde et grotesque monstre lubrique... entre le porc et le sang d'orc. Comme tous les autres.
Prise d'un frisson, je cillai, tournai le regard, fuyai le sien. Il n 'insista pas. Bien au contraire. Dès lors, il se fit très prévenant. Se dirigeant vers l'armoire dans laquelle il rangeait les costumes dont il se servait pour habiller ses modèles, il en sortit un sublime manteau brocart d'étoffes précieuses, finement brodé de dorures et vint me le poser sur les épaules.
" - Tou portes cette veste pour réchauffer ouné zsi belle âme." Je le gratifiai d'un léger sourire de remerciement avant qu'il ne retourne à son chevalet. Et élégant avec ça. Il ne manquait vraiment pas de charme le bougre.
Le silence se fit. Ni gène, ni tension dans cet espace sans bruit. Juste un abandon, une dérive vers un ailleurs dans lequel je me projetai. Mes êtres chers, mes disparus, mes fantômes du passé. Toujours la même rengaine.
Inlassablement mon esprit revenait vers le point que je voulais justement éviter. En vain :
"- Radko... mon amour. Même toi je te trouve grotesque désormais. Pourquoi ne viens-tu jamais me hanter ? Tu n'es plus qu'une ombre, une silhouette sombre qui vient parfois me prendre au milieu de la nuit. Et je ne ressens plus rien désormais dans ces ébats oniriques. Plus de désir, plus de passion, même la langueur a fini par céder le pas à l'ennui. L'ennui de mon âme errante, le dégoût de nos corps unis et l'oubli : celui de cet enivrante odeur poivrée, de ces mains qui me firent femme, celui de ce visage qui fut le tien et que j'ai tant chéri... Le ferais-tu que je pourrais continuer d'espérer, un jour, raviver cette flamme en moi qui peu à peu s'éteint... si l'amour aussi se meurt...
Sentant le fin fil d'eau saline couler le long de ma joue prêt à goutter, je baissais la tête et regardais la claire larme choir, s'échouer et s'aplatir en plein coeur d'une planche du parquet, juste devant la plinthe du mur auprès duquel je posais.
Le silence était tel que j'en vins à m'entendre respirer et de me demander ce que faisait l'homme à mes côtés.
Alors que je relevai la tête, me tournai vers le peintre, il se détourna rapidement et se mit à essuyer ses instruments et à les ranger.
"- C'est terminé ?", lui demandai-je
Pour toute réponse, j'eus droit à l'un de ses célèbres rires si chauds, si vibrants, tout aussi tonitruant que lui :
"- Ha ! Ha ! Ha! Igen ! OOOh qué oui ! Et je té roumercie belle Calendoula. Tou a été très, très générouse avec moua ! Ho ! Ho ! Igen ! Igen ! Hát imígyen történhetett, nagyságos asszony !"
"- Si tu le dis..."
Je me redressai, marchai vers lui. Je fis quelques mouvement de la tête, de la nuque et des épaules pour un peu me sortir de mon engourdissement. J'ôtais à regret le précieux manteau dont je n'osais imaginer la valeur et la lui tendais :
" - Ravie de savoir satisfait.
- Plou qué satisfait. Tou m'a offert oune chose rarle. Il y a quelque chose ici dans ta tête, ici dans toun coeur et ici aussi dans toun ventre. Je voudrais te counnaitre mieux unn jourh pout-être, si tou veux. Unn jour, sinon pas grlav jé coumprends ça.
- J'imagine que c'est un compliment... Je vais le prendre ainsi en tout cas. Je te remercie, l'ami. Un jour peut-être...
"
D'humeur évasive, je me dirigeai vers l'entrée, saisis ma cape et mes gants.
" - Tou né vous pas rougarder ? "
Je lui répondis par la négative alors que j'enfilais et ajustai mes effets. Il rit amusé :
" - Hou...hou... tou es oune sacré nouméro toi. Je ne vais plou pouvoir vénir te regarder dounser toute nue maintenant, non. Dommaj. Ce sera différent après maintenant. Igen, igen. Bon couraj Dame Calendoula. Jé té revois oun autrle fois."
Il s'assit, fouilla son manteau et en sortit un cigare.
"- Au revoir, sieur Csaba." Je m'inclinais légèrement.
Au moment de sortir je ne pus m'empêcher de regarder le portrait.

Image

Et je claquai la porte, furieuse. Foulant d'un pas rageur la moquette du couloir, je pestai en mon for intérieur :
"- Je déteste ces foutus artistes au moins à moitié autant que je me déteste.
- Jusque là c'est normal, tu en es une de ces artistes et pas trop mal foutue, si on ne tient pas compte de...
"
Je me figeai et pointai un index menaçant en direction du hin qui se cachait dans une ombre non loin de là :
"- Toi... n'essaie même pas !"
Puis je reprenais ma marche et mon soliloque :
- Je les déteste tous autant qu'ils sont. Plus encore quand ils ont du talent. Fichu peintre. Qu'il l'avale donc et s'étouffe donc avec son cigare. On a pas idée de tout asphyxier avec cette saloperie malodorante ! Il croit quoi ? Que c'est comme ça qu'une femme voudra aller le laisser fourrer sa langue dans sa bouche ?"
Je descendis les escalier et traversai la grande salle avant de sortir dehors en évitant, au passage, les regards. En particulier celui de la tenancière. J'avais déjà été à un doigt de me faire virer avec la mort d'Ornella, ce n'était pas le moment de...

L'air frais de la saison froide me saisit alors que j'ouvrais la porte d'entrée du Satin Rouge. Je m'en gorgeais à plein poumons. il me ramena instantanément à la vie :
" - Rhaa... la putain... Me dire ça et crever juste après. Foutre d'orc, ce n'est quand même pas possible. Pourquoi tu as déconné comme ça, la belle. Je t'avais pourtant prévenue..."
J'hésitai un long moment, prise entre chien et loup. Tantôt allant de l'avant, puis revenant sur mes pas, toujours marmonnant.
"- La salope... Ho la salope.. mais comment a-t-elle pu faire ? Combien de pompes a-t-elle léchées ? Combien de minous a-t-elle encore broutés pour s'en sortir ? Ce n'est pas possible.
- Et si c'était vrai, que feriez-vous ma fille ?" Je dévisageais le cadavre égorgé de la mère supérieure, incertaine.
" - Si je la vois, je lui dis quoi ? Je ne sais pas. Peut-être juste l'observer ? Non sûrement pas me cacher pour elle. Lui rentrer dedans oui ! Peu importe, j'improviserai. Je verrai bien sur l'instant. Mais quelle salope. Il faut vraiment que j'en ai le coeur net. Il faut que je sache !"
Il me vint des pensées toutes aussi folles que contradictoires. De la rage meurtrière pour me soulager de cette plaie, jusqu'à de folles et très embarrassantes embrassades. Enfin pour elle surtout... en ce qui me concerne ma réputation en est quitte depuis bien longtemps ! Ce serait plutôt drôle ça. J'imaginais déjà sa tête quand elle me verrait....
Je me précipitai dans les ruelles sombres de Sarmath. Direction le central.
"- Voyons voir si tu es encore de ce monde. Et si c'est le cas : parfait ! ça se passera entre toi et moi !"
Ivre d'une soudaine joie, je me mis à rire. Je n'étais peut-être plus si seule tout compte fait.
Et avec la Mazarine, une chose était certaine, j'allais vraiment vraiment bien m'amuser !

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Lun Oct 05, 2015 5:41 pm 
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Fragments de rêves - Dépossession et des possessions

Sortant de son bain, la longue liane rousse ondula jusque devant le haut miroir de sa grande chambre du Satin Rouge et s'y planta, s'y mirant, s'y admirant. Elle était si jalouse de cette beauté qui gagnait lentement en maturité, qu'elle croyait sienne. Vanité des vanités que de se croire belle, que de s'imaginer telle éternité alors que son lot pour ses tribulations, le tribu de sa turpitude ne serait pas différent de celui des autres, un jaillissement dans l'Océan de la vie, à peine l'écume d'un jour... et puis la chute et le retour à l'Onde.
Ce lieu n'était pas vraiment SA chambre, mais depuis la mort d'Ornella elle n'avait plus vraiment de chez elle. Elle avait éraillé un temps d'auberge en auberge, tantôt l'étoile de Luminis où elle se produisait de plus en plus souvent, avec un succès grandissant qui lui avait finalement valu l'intérêt d'une toute autre clientèle... celle de la noble maison D'Epistas.
Il avait fallu que je l'aide un peu pour cela, ma pauvre amour, ses vilaines façons, sa fâcheuses manie de toujours s'emporter en un tourbillon brutal et sauvage était ô combien distrayant mais là... cela pouvait ouvrir de toutes autres possibilités. Oh oui, tellement d'autres...
L'auberge de la dernière chance, quant à elle, était un peu banale, des êtres sans grand intérêt qu'une éternité de vies avait rendu insipides, ennuyeux au possible. elle ne l'aimait pas, nous en avions décidé ainsi.
Le seul endroit à vraiment nous satisfaire était le luxe carminé du satin, de cette chambre dans laquelle elle se sentait chez elle. C'était son refuge à elle et si elle l'avait pu, elle ne l'aurait partagé avec personne ! Mais il le fallait bien : les règles de la maison close...
Tout d'abord une pensée si triste, une complainte si fragile, une mélopée glissant comme un long soupir de reproche empli d'un insondable mélancolie :
"- Ohh...mon amour, tu m'as tellement manqué..."
Puis un souffle lent, un appel au Chant, celui du passé, celui du souvenir. L'enfant. Le couvent. La détresse. La solitude... oui tout ceci était encore là en elle, tapi tout au fond de la demeure de son âme. Ouvrir la porte de sa mémoire, la laisser envahir ce corps, suivre le flot de ses émotions et s'y fondre. tout ceci était devenu si simple, si facile.
User des subtils moyens. Parvenir à ses fins. Enfin étancher sa soif et combler sa faim : par la Chair et le Sang de nouveau... ressentir et posséder.


Diantre, j'en tenais encore une bonne... J'avais cru un temps pouvoir décrocher mais non, pas moyen. Je sentais que j'étais encore en train de perdre pied dans cette incessante lutte avec le nectar divin, le fruit de la déraison : le vin. Mais l'ivresse, toujours l'ivresse comme une messe, j'en avais besoin. Et puis quoi ! C'est pas comme si un avenir radieux m'était promis ! Merde à la fin ! Pourquoi toujours me perdre dans des fichus principes que je n'arrivais pas à me faire respecter et dont plus personne dans ce dépotoir ne se souciait guère. Bon, peut-être quelques uns qui voulaient se donner un genre, ou pire voulaient vraiment y croire. Pfff... au final aussi frappés que les autres grand malades.
L'âpreté et l'amertume du vin se répandaient en moi, distillant leur cortège de ressentiment à m'en retourner la tête. Il me fallait aller me coucher. Mais je continuais de lutter, de retarder l'échéance. Rejoindre la marche du rêve était toujours cette même angoisse, tant je craignais ce que j'allais y croiser, ce que j'allais en ramener. De la matière brute ou distillée qui me servirait à composer, créer. Peut-être oui... seulement dans le meilleur des cas. Pour mon malheur, il y avait tout le reste : ces visions, toutes ces atroces visions. Le passé ? le présent ? l'avenir ? ou bien des fantasmes, encore des déchets de mon esprit malade, traqué par ses ombres qui refusaient de retourner à l'éternité ? Comment le savoir ? J'aurais voulu n'être que folle mais parfois, lorsque je recommençais de croire que je n'étais que cette âme meurtrie en proie à sa démence, il se passait un évènement, un simple moment anodin, un petit quelque chose et je me souvenais de l'avoir déjà vu en rêve, endormie ou bien éveillée. Cela se passait toujours de la même façon, un long frisson me pénétrait la chair et me glaçait jusqu'à l'os, une ombre passait, s'insinuait et la vision suivait. Si claire, si réaliste, elle s'emparait de ma raison et de mes sens m'entrainant littéralement dans un autre réel, celui du Chant, là où tous les possibles se mêlent, s'emmêlent et de démêlent tissant une inextricable toile dont nul esprit ne saurait se sortir... nul, sauf ELLE. Et Elle était là tapie, presque endormie et Elle attendait, Elle m'entendait. Je la sentais porter son attention sur la Chanson de ma vie, petite mélodie de cette enfance qui résonnait encore au fond de moi, de ces larmes qui coulaient sur ce triste visage couvert de ces petites tâches brunes qui sont l'apanage des belles et fières nordiques aux cheveux roux, à la peau blanche, si blanche...
Je la voyais se mirer dans cette épaisse glace, et se haïr et se pleurer. Je la voyais se découvrir hors de cette crasse qu'on avait eu tant de mal à lui extirper des pores d'une peau qu'elles avaient longuement frotté, gratté, et encore tripotée et triturée, inlassablement, invariablement jusqu'à ce qu'elle retrouve cette teinte froide et blafarde qui faisait d'elle l'étrangère parmi toutes ces étrangères.
Je découvrais sa nudité soudain exposée à toutes ces femmes dont elle ignorait la veille jusqu'à l'idée de leur existence. Je la voyais farouche rebelle soudain effarée plongée dans une réalité sur laquelle elle n'avait plus aucune prise.
Je l'entendais renifler, je percevais le sifflet de son souffle court et la sentais tenter de retenir, de réprimer les longs sanglots qu'elle s'apprêtait à verser alors que cette ronde et vilaine sorcière en uniforme venait se poser derrière elle et saisir sa longue et lourde tignasse rousse à peine séchée et, de lever une vieille lame tordue au fin fil tranchant, tellement usée à force d'être encore et toujours affûtée.
Je lui soufflais de se contenir, de ne plus gémir, de ne pas pleurer. Je ne voulais pas qu'Elle nous entende. Surtout pas. Je l'enjoignais à ne pas nous livrer à Elle dont je sentais l'omniprésente attention peu à peu s'éveiller :

"- Shoena... Shoena...je t'en prie, tais-toi. Sois forte, mon coeur. Ta maman toujours t'aimera..." Je lui soufflais ces mots que j'avais entendu autrefois, qui avaient tentés de me rassurer, je les lui murmurais pour qu'elle seule puisse les entendre, qu'elle se souvienne de celle qui la porta, lui offrit la vie et toujours la choya...jusque ce jour qui fut, pour l'enfant que j'avais été, celui de l'Abandon.
Elle tint bon pourtant, jusqu'à l'instant où la perfide lame trancha tresses, nattes et mèches. Ainsi, les fins fils tendus par cette malhabile main toute fripée se rompirent instantanément. La petite fille ferma les yeux, nous plongeant dans les ténèbres glacées. Je sentis les larmes s'écouler le long de la joue jusqu'au bas de mon menton.
Le silence. Puis le plic et le ploc de gouttes qui tombent sur le sol de pierre. Des myriades de myriades d'yeux étranges aux milles facettes luminescentes s'ouvrirent et se tournèrent vers moi, m'épiant, me sondant, me révélant le tourment de cette insatiable faim qui La dévorait.
Je fus instantanément pétrifiée. Mon âme en proie à une indicible terreur se débattit, frappant, cognant se heurtant aux granitiques murs cette prison qui venait de se refermer autour de moi, me contraignant par la terreur jusqu'au plus profond de ma chair. Je me mis à hurler et mon cri fut une telle stridence qu'il fit voler la pierre en éclats.

Le fouet de la gifle que l'on venait de m'infliger fut une telle fulgurance que je fus contrainte d'ouvrir grand les yeux. Une silhouette se dressait devant moi. Au travers de la brume qui me troublait le regard je distinguais un doigt pointé sur moi. Au travers du sifflement qui se diffusait sur mes tympans, je percevais une voix, claire, ferme et précise :
"- Maintenant tu vas te taire, petite souillon ! Cela suffit. Je ne veux plus entendre un mot. tu devrais t'estimer heureuse de ne pas te retrouver à la rue. C'est une chance pour toi d'être accueillie ici, au sein de notre congrégation. D'autres ne l'ont pas eue. Et que celles qui l'ont eue se le tiennent pour dit. Ce n'est pas un dû. Plus personne ne veillera sur vous désormais. Chacune d'entre vous se trouve sous le regard du Vigilant et lui seul, par mon entremise, peut encore vous épargner la mort qui rôde partout au dehors de ces murs. Seul votre dévotion pourra sauver vos âmes pécheresses. Piété, don de soi à l'image du Saint-Sacrifice du Corps-Divin.
à présent que chacune d'entre vous s'en retourne à ses tâches. Corps-Dieu, ce n'est pas une saltimbanque qui vient se donner en spectacle...
Soeur Ventine, je veux que nos novices soient toute prêtes à une revue, en ordre après les vèpres. Je m'en occuperai personnellement. Cela inclue cette petite...ShOvinsgud.. Shovinsgard..
."
Alors qu'elle cherchait ses mots, des murmures parcoururent le groupes de jeunes filles en uniformes amassées près de la porte derrière moi.
"- ShOwinskar, Soeur Philippine, elle s'appelle Shoena ShOwinskar.
- Peu importe son nom. ShOw, Show fera parfaitement l'affaire. Inutile de nous encombrer avec les noms barbares de ces sauvages de nordiques. Nous sommes sur des terres civilisées ici et il est plus que temps qu'elle apprenne à se comporter comme telle.
- Fort bien mère-supérieure. il en sera fait selon votre volonté.
"
Après un dernier regard scrutateur, la mère-supérieure se détourna et se dirigea vers la sortie :
"- L'incident est clos. Mazarine, veuillez me suivre, nous avons d'autres chats à fouetter. Quant à vous mesdemoiselles, dispersez-vous et retournez immédiatement vaquer. La prochaine que je vois à bailler aux corneilles ira terminer de bailler au cachot ! Et que l'on ne m'interrompe plus dans activités aujourd'hui. Il est inacceptable que je doive m'occuper de tout ici. surtout de telles trivialités. Je l'ai entendue crier jusque dans mon bureau."
Puis d'ajouter véhémente :
"- Prenez vos responsabilités mes soeurs, vous agissez au nom des dieux. Fermeté, efficacité. Je veux de l'ordre dans notre maison. La complaisance, c'est le chaos. Aller, aller,... L'oeil d'A'gloth est sur vous, ne l'oubliez pas car Lui ne vous oubliera pas."
Elle claqua plusieurs fois des mains avant de sortir accompagnée de cette jeune fille qui n'avait cessé de me détailler à la dérobée une légère moue méprisante aux lèvres, jusqu'à ce que je me tourne vers elle et que son regard aussitôt ne s'enfuit.
"- l'Oeil d'A'gloth est sur nous", répétèrent-elles en choeur avant de s'exécuter.
Je reportais mon attention sur ce visage fatigué, ces yeux bouffis par les larmes. Sur ce grand corps malingre et affaissé aux épaules voûtées. Cette peau si pâle, presque blafarde sous la faible lueur du jour. Cette tignasse hirsute qui ne ressemblait plus à rien.
La soeur quon appelait Ventine s'approcha lentement de moi et me posant la main sur l'épaule, me murmura d'une voix si calme, si apaisante :
"- Tout va bien, Miss Shaw ?"
Je sentis une douce chaleur m'envahir, m'éloigner des ombres du passé et me ramener à la vie. Ma vie, mon corps. Ma Chair et mon Sang en ce moment présent, celui de la femme que j'étais devenue ici à Luminis, bien des années après. Je penchais la tête sur le côté, posais le visage sur cette main qui venait d'apporter son ferme appui son mon épaule. Je la caressais doucement de ma joue, laissant mon soulagement s'exprimer. Tout d'abord par une pensée si triste, une complainte, une mélopée glissant comme un long soupir de reproche empli d'un insondable mélancolie :
"- Ohh...mon amour, tu m'as tellement manqué..."
Et par le souffle et les mots que je pouvais à nous libérer, faire respirer :
"... ne t'inquiète pas, cela va passer. Cela finit toujours par passer."

Et toujours de m'interroger sur celle qui, d'entre nous, venait de s'exprimer : était-ce moi ou bien Elle ?

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 Sujet du message: Re: [BG] Shoena Shaw - Calendula
MessagePublié: Mar Oct 13, 2015 12:38 am 
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Fallait-il sauver Willy ?

"Quand j'aurais trouvé celui qui t'a fait ça, je serais pas aussi rapide et discret que lui. Moi j'fais dans le sonore et le dégueulasse. C'est mon style. Et quand y' sera enfin crevé, son Enfer aura un goût de Paradis tellement qu'il aura dérouillé." Marv- Sin City


Lorsque j'entrai dans la pièce, je savais déjà précisément ce qui allait se passer. Je l'avais vu. Nous l'avions passé en revue, chacune des informations récoltées avait été étudiée : les pièces, le nombre de personne présentes, leur valeur, leur équipement, leur détermination, leur organisation. Et franchement, nous en avions vite fait le tour : c'était un con de gang de toquards qui pétait bien plus haut que son fondement et qui avait la sale manie de lever filles et gamines du quartier avant de les jeter après usage. Les pires minables qui soient, tous autant les uns que les autres. Une bande de sales cradots dirigés par cette petite merde de Willy. Et ça se prétendait être l'avenir de Sarmath... j'aurais pu en rire si je ne m'était pas sentie obligée de bien faire les choses, de ne pas prendre de risque et de rapporter les précieuses information au prix d'un sacrifice que je regrettais plus qu'amèrement. ça pour donner de ma personne, j'avais dû donner de ma personne... L'idée même de le faire au départ ne m'avais pas choquée plus que çà. Le sale boulot, c'est pas comme si je ne connaissais pas. Se faire trousser et baiser par des brutes, des crasseux et même bien pire, j'avais déjà donné. Mais un peu trop justement... je n'avais pas mesuré à quel point ces relations forcées m'avait changée. Mais qu'est-ce qui déconnait chez moi pour continuer de faire des trucs pareils ...? C'est pas comme si je n'avais pas eu le choix... Le dégoût et la souffrance s'étaient aussitôt emparées de moi lorsqu'il avait commencé à me besogner. Ce fut brutal, rapide...et très court, fort heureusement. Il venait tout juste d'en finir avec une autre fille et il ne lui restait plus vraiment de jus à répandre. J'avais pu contenir mes gémissements la tête enfouie dans l'infect matelas crasseux de la chambre minable qu'il osait qualifier de bureau. Tout ce que je vivais, tout ce que je ressentais me faisait horreur, me répugnait au plus haut point. à commencer par moi.

Pour cette seconde visite, je devais la jouer dure et facile, faire semblant de sourire, tout observer et être prête à agir. Car contrairement à la première, cette fois-ci il était bel et bien question d'agir. Rapidement, efficacement : je devais entrainer et neutraliser le Willy dans son bureau. Pendant ce temps-là les autres forceraient la porte, tandis qu'une dernière, entrée en toute discrétion à mes côtés, assurerait nos petits culs, prendrait les leur à revers.
Lorsque j'entrai dans la chambre, que Willy referma la porte à clef, une profonde angoisse me saisit. Je fus submergée par tous ces fantasmes et souvenirs, en proie à une vague de panique qui venait de me submerger. Trouver un mât auquel s'arrimer, s'accrocher à la barre, ne pas se laisser emporter par le flots tumultueux de mes émotions. Trouver un refuge, une zone d'accalmie. C'est ainsi que le courant m'entraina vers la Grotte. Le fragile esquif de mon âme s'échoua là dans Sa crypte. Elle s'éveilla, n'attendant que moi. Elle ouvrit sa myriade de myriades d'yeux qui me figèrent aussitôt lui offrant ma Chair en pâture.

Toujours cette pensée si triste, cette complainte si fragile, cette mélopée glissant comme un long soupir de reproche empli d'un insondable mélancolie :
"- Ohh...mon amour, tu m'as tellement manqué..."
C'était un appel à l'abandon de soi, à l'abandon à l'autre. Celui de deux êtres trop longtemps séparés, si longtemps, si injustement...
Puis un souffle lent, un appel au Chant, celui du présent. La jeune femme. Le viol. La détresse. La solitude... oui tout ceci était encore là en elle, juste là à fleur de sa peau si douce, si blanche. Clore la porte de sa mémoire, envahir ce corps, suivre le flot de ses émotions et en endiguer la source. Tout ceci était devenu si simple, si facile.
User des subtils moyens. Parvenir à ses fins. Enfin étancher sa soif et combler sa faim : par la Chair et le Sang de nouveau... ressentir et posséder.

Glisser simplement sur le sol, se poser sur le lit et y inviter ce mâle. Lui faire sentir la disponibilité de ce corps, éveiller en lui le désir, le stimuler, se jouer de lui et attendre le moment.
Le fracas non loin dans la pièce à côté, les cris. Colère et frustration du mâle dont l'ardent désir vient d'être contrarié. Toute cette énergie qui va bientôt devenir rage et destruction. Cela se lève, retire l'arme de métal de son étui et l'agite comme il aurait voulu le faire de ce petit sexe tendu sous ses vêtements, quelques secondes auparavant. Faire de même, ouvrir ce sac posé sur le sol, y saisir l'instrument de mort. Se lever, lui emboiter le pas, glisser en silence jusqu'au mâle qui introduit une clé dans une serrure, l'enclenche et fini par ouvrir la porte. Et là... poser la pointe du canon sur cette nuque et délivrer par le souffle de ce corps, en un long soupir, juste au creux de cette oreille, de la pensée les mots :
"- Ohhh...mon amour, tu vas être bien sage..."
Sentir contact des lèvres sur la peau, sentir la peur se mêler au désir, la rage à la frustration. Et percevoir toutes ces émotions atteindre leur point culminant, l'instant précis où la tempête devrait se déchaîner, la foudre s'abattre de toutes parts... :
"- Espèce de salope... tu vas me le payer !
- chhttt... c'est terminé, mon amour. Ces mots garde-les : ils seront les derniers...
"
Saisir toute cette énergie, s'en emparer pour s'en repaître. Observer ce mâle se vider instantanément de toute cette sublime substance, le sentir tenter de s'accrocher alors qu'il sait déjà. L'accompagner jusque dans cette grande pièce où d'autres femelles tiennent d'autres mâles en respect. Puissance et soumission. Sensation lointaine mais plaisante. Ceci ouvre les mains et s'agenouille : demain ceci connaîtra à nouveau la longue agonie de la vie. Cela refuse et meurt, debout. Tout est si simple, si ordinaire. L'ennui se rapproche. Elles perdent leur souffle avec ce mâle, tentent de soumettre cet être pourtant si fragile, faire de lui leur esclave. Il dépose les armes mais il reste encore une lueur de ce qui fut sa flamme. Le refus de se soumettre et de nouveau la rage. D'un dernier souffle, en un murmure, l'éteindre... :
"- Ohhh... mon amour, tu vas tellement me manquer..."
Comme tout ceci est charmant. Une ombre passe dans le regard de celle qui ordonne et à qui tous obéissent. Partager ce regard, vouloir s'emparer de la puissance qui en émane, la faire mienne. Ressentir de nouveau...le douloureux désir comme une promesse de plaisirs à venir. D'un mouvement de la tête, elle donne le signe.
Ce mâle aussi saisi les signes. Il sait que c'est l'instant et pourtant, les mots lui reviennent et il flambe, une dernière fois :
"- Espèce de salope..."
Cela savait que ces mots seraient les derniers.


Non Willy cette fois plus rien ne te sauvera. J'ai tiré sur le chien. J'ai actionné la gâchette. L'onde s'est répandue dans mon bras, par mon épaule jusque mon torse. J'ai encaissé, sans broncher. Willy a fermé sa grande gueule, une bonne fois pour toute.
Machinalement je me suis essuyé le visage, puis me suis agenouillée près du corps.
Les autres m'observaient, épiaient mes réactions. Je n'en ai affichée aucune. Comment l'interpréter ? Elles ne le savaient pas. Comment l'auraient-elles pu ? Pour cela il aurait fallu qu'elles aient connu ce qu'a connu mon ventre, ce qui a brisé mon âme, meurtri ma Chair. Mais qui sait peut-être le savaient-elles ? Nous n'étions peut-être pas si différentes. M'auront-elles alors devinée ? Me reconnaitraient-elles pour l'une des leurs si elles savaient Celle qui se terre, là, tapie tout au fond et qui attend.
J'ai tué, souvent. Par miséricorde, je crois... mais l'était-ce vraiment ? était-ce seulement moi ? Cette fois-ci ce fut différent, j'ai agi en conscience. Un geste volontaire, un meurtre. Je le savais et cela m'indifférait totalement.
Que se demandèrent-t-elles à ce moment ? Si je savourais ma vengeance ? Si j'estimais avoir lavé la profanation de ma chair ou de celle des autres ? Si elles avaient su comme il n'en était rien. Partout en moi, en chacune des fibres de ma chair, dans le bouillonnement de mon sang, il y avait toute cette colère, toute cette rage qui ne demandait qu'à se libérer en un déferlement d'horreur et de violence.
"- Cal... c'est terminé. Tu viens ?"
Alors que mes complices se détournaient et commençaient à s'éloigner, je me penchai sur le corps et le fouillais. J'en tirai une bourse que je fis glisser aux pieds de l'une de mes complices. Cela aussi m'indifférait. Je saisis un poignard, joliment façonné. Un objet de qualité, le seul probablement qui ait jamais foulé cette foutue porcherie. Je l'observais, le jaugeais et décidais de la garder. Je savais l'usage que j'en ferais : j'avais vu dans ces visions comme il profanerait leur immonde Chair, comme il répandrait leur sang impie.
J'aurais tant aimé avoir le temps, qu'elles me laissent seule avec lui et cette lame acérée. Pouvoir trancher sa chair lentement, entendre ses hurlements, observer sa peur, le voir me supplier durant sa lente agonie. Et toutes ces visions encore qui auront hantés mes jours et mes nuits, depuis... depuis.
Je savais que j'avais nettoyé le monde de cette immondice, renvoyé cette souillure aux abysses. Et je savais que tôt ou tard, je recommencerai encore et encore à chaque occasion qui me serait donnée d'éliminer l'un de ces infectes insectes qui auront le malheur de mettre leur misérable existence à portée de mon arme. Peu importe les méthodes, peu importe les moyens, seule la fin comptait. La leur plutôt que la mienne.
Je regardai une dernière fois le corps grotesque, tête avachie par dessus les genoux dans cette mare sombre qui s'écoulait de ce trou foré dans son crâne et s'étalait au sol lentement. Je me penchai et lui déposai le dernier baiser, celui des soeurs de la Miséricorde.
Je me levai et emboitai le pas. Notre groupe quitta l'appartement en silence. Il n'était rien besoin d'ajouter. Une nuit comme une autre régnait sur Sarmath, une nuit de haine et de sang dans la lumineuse cité du vice et du pêché.

Je me tenais là nue dans mon bain, le corps tremblant, le visage couvert de larmes.
J'avais fini par m'échapper de l'emprise et fuir le cauchemar de ces horribles pensées qui surgissaient encore et toujours. De ces fantasmes sanguinaires qui m'assaillaient, m'appelaient, m'invitant à commettre ces horreurs en Son nom. Jusqu'à présent j'avais couru sur le fin fil du rasoir et échappé au pire. Mais je savais, -oui je savais !- qu'un jour viendrait où je franchirai la limite, l'ultime frontière qui me séparait de ces terres de monstruosité et ferait définitivement de moi l'une de Ses esclaves. J'étais Sa Promise, et notre union était inéluctable.
Je plongeai une dernière fois le visage dans l'eau claire. Je me levai lentement et sortis du grand bassin de cette immense chambre, à l'étage de la maison close.
Je me posai devant l'épaisse glace et longuement y mirais, y admirais ce grand corps sculpté, oeuvre d'art et de chair jour après jour, affiné, ciselé, afin d'en libérer tout le potentiel de création et de destruction. Plus de pleurs, plus de haine pour l'heure. Je me retrouvais enfin, ici chez moi, loin de toute cette crasse que j'avais eu tant de mal à extirper des pores d'une peau que j'avais longuement frottée, grattée, et encore tripotée ou triturée, inlassablement, invariablement jusqu'à ce qu'elle retrouve cette teinte froide et blafarde qui faisait de moi celle que l'on reconnaitrait désormais comme étant l'une des leurs. Une Belle de Carmin parmi toutes les Belles du Satin.

Mieux valait lui que n'importe laquelle d'entre nous. Toujours mieux vaudrait n'importe lequel d'entre eux qu'une seule d'entre nous, pensai-je.
De l'autre côté du miroir, j'observai la silhouette sombre se tenir là debout toujours si calme, les bras croisés, légèrement adossée sur le mur près de la porte d'entrée. Elle posa sur moi ses yeux si clairs, si incisifs, si pénétrants.
Nos regards fusionnèrent le temps d'une communion silencieuse. Un léger assentiment et elle se retourna, ouvrit la porte.
"- à bientôt, Miss Shaw." Elle franchit le seuil dans un bruissement de cuir et de toile et la referma derrière elle.
J'étais à nouveau seule. Repue, ELLE était retournée dans son antre. Là-bas en ce cet abîme caché en chacune d'entre nous, en ce lieu où nous n'osons porter le regard de peur qu'il ne vint à troubler son sommeil. En ce territoire du Chant où tous les fils se rejoignent, se mêlent et s'entremêlent et où ELLE veille.
Je soufflais doucement, me mis à fredonner. Je brossais lentement ma longue chevelure de feu, la tressais, la nattais soigneusement, puis revêtais à nouveau mon costume de scène en me songeant qu'un jour peut-être je pourrais être moi, rien que moi.

Mais pour l'heure... il était temps d'à nouveau me donner en spectacle, de me livrer toute entière à la turpitude de ce monde.

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